Au Pérou, la course à la présidence entre dans une phase d'incertitude prolongée alors que le dépouillement des bulletins du second tour, achevé à 98,27 %, donne une avance infime à la candidate conservatrice Keiko Fujimori. Elle recueillerait 50,005 % des suffrages, contre 49,995 % pour son rival de gauche Roberto Sanchez, soit une différence de quelques milliers de voix seulement. Les votes en provenance de l'étranger, dépouillés tardivement, ont fait basculer l'avantage en faveur de Fujimori dans la nuit de mercredi à jeudi.

La proposition de recomptage de Sanchez

Vendredi, Roberto Sanchez a proposé publiquement à Keiko Fujimori de solliciter ensemble un recomptage exhaustif de l'ensemble des bulletins du second tour. Lors d'une conférence de presse, il a déclaré : « Je propose que nous demandions conjointement un examen exhaustif, un recomptage de l'ensemble du processus, en particulier là où il existe des indices présumés selon lesquels la transparence n'aurait pas été respectée comme elle aurait dû l'être. »

Le candidat de gauche a fait référence à des irrégularités alléguées à Lima et dans le vote des Péruviens résidant à l'étranger. Il a également évoqué une demande émanant du parti de Fujimori visant à « annuler nos votes du sud », sans fournir davantage de précisions. La proposition doit être soumise aux autorités électorales pour être mise en œuvre.

Des précédents de recomptage et des tensions

Le premier tour des élections, organisé en avril, avait déjà donné lieu à des semaines d'attente avant que les résultats définitifs ne soient proclamés. Ce précédent nourrit les craintes d'un nouveau blocage politique dans un pays qui a connu neuf présidents en dix ans, marqué par une instabilité chronique.

Le parti de Fujimori, Fuerza Popular, a de son côté demandé l'annulation des votes en provenance du sud du pays, une région traditionnellement acquise à la gauche. Cette demande a été relayée par Sanchez comme l'un des motifs justifiant un recomptage global, mais aucune réponse officielle de la candidate conservatrice n'a été rendue publique à ce stade.

Le rôle des autorités électorales

Le Bureau national des processus électoraux (ONPE) et le Jury électoral national (JNE) sont désormais saisis des bulletins contestés et des procès-verbaux litigieux. La procédure standard d'examen des contestations peut prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Les autorités ont indiqué que le résultat final pourrait n'être connu que dans un délai de deux à trois semaines.

Un contexte politique explosif

Cette élection oppose deux figures clivantes de la politique péruvienne. Keiko Fujimori, fille de l'ancien président Alberto Fujimori emprisonné pour violations des droits de l'homme, se présente pour la quatrième fois à la présidence. Elle incarne la droite conservatrice et a promis de rétablir l'ordre et la sécurité.

Roberto Sanchez, soutenu par l'ancien président Pedro Castillo – un instituteur emprisonné après avoir tenté de dissoudre le Congrès en 2022 –, mène une campagne axée sur la justice sociale et la lutte contre la corruption. Les deux candidats peinent à rassembler une majorité claire, et aucun ne dispose d'une majorité au Congrès pour mettre en œuvre son programme, ce qui laisse présager des négociations politiques complexes dans les semaines à venir.

Les implications économiques et sociales

L'incertitude politique prolongée pèse sur l'économie péruvienne, déjà fragilisée par des années de crises. Les marchés financiers suivent de près l'évolution du scrutin, tandis que la société péruvienne reste polarisée entre les partisans des deux camps. Des manifestations pourraient éclater si l'un des candidats conteste le résultat final, comme cela s'est produit lors des précédentes élections.

En attendant, le pays retient son souffle. Le recomptage proposé par Sanchez pourrait soit clarifier la situation, soit l'enliser davantage dans des contestations judiciaires. Les prochains jours seront décisifs pour déterminer si le Pérou connaîtra une transition pacifique ou une nouvelle crise politique.