La filière papetière française retient son souffle. Le groupe Fibre Excellence, qui assure à lui seul près des trois quarts de la production nationale de pâte à papier, est au bord du précipice. Ses deux sites industriels, situés à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et à Tartas (Landes), sont menacés d'une liquidation judiciaire, une perspective qui ferait disparaître un maillon essentiel de la chaîne d'approvisionnement du pays.

Une situation d'urgence pour un acteur clé

Avec environ 3 000 emplois directs et indirects, l'entreprise pèse lourd dans le tissu économique du Sud-Ouest. Sa production est stratégique : elle nourrit l'industrie de l'emballage, de l'impression et du sanitaire. Mais les difficultés financières du groupe s'accumulent, plombées par la hausse des coûts de l'énergie et des matières premières, ainsi que par une concurrence internationale féroce. La chambre commerciale du tribunal de commerce doit se prononcer prochainement sur un éventuel placement en liquidation, un scénario que toutes les parties prenantes tentent d'éviter.

Un appel pressant au gouvernement

Face à l'urgence, le ministre de l'Industrie Sébastien Lecornu est directement interpellé. Des parlementaires locaux, des représentants syndicaux et des collectivités territoriales lui demandent d'intervenir pour sauver le groupe. Leur principale inquiétude porte sur le projet de reprise présenté par un consortium emmené par la société de gestion EQM, basée à Londres. Si ce projet est celui qui tient la corde dans la procédure judiciaire, il suscite la méfiance en raison de l'absence d'un « réel investisseur industriel », selon les termes employés par un ministre dans Le Figaro.

Plusieurs voix critiques soulignent que le tour de table proposé ne comporterait pas d'opérateur capable d'apporter une expertise technique et commerciale de long terme. Elles redoutent que le repreneur ne soit qu'un fonds financier cherchant à revendre les actifs rapidement, sans garantie pour l'emploi et la pérennité des sites.

Des craintes sur la souveraineté industrielle

Au-delà du sort des salariés, l'affaire prend une dimension politique. La disparition de Fibre Excellence créerait une dépendance quasi totale de la France vis-à-vis de l'étranger pour sa pâte à papier, une matière première stratégique. « Produire les trois quarts de la pâte à papier en France, c'est un atout de souveraineté que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre », résume un élu local.

Les syndicats, de leur côté, mettent en garde contre une liquidation qui aurait des répercussions en cascade sur l'ensemble de la filière forêt-bois, déjà fragilisée. Des manifestations ont eu lieu devant les usines pour réclamer un engagement fort de l'État, soit en poussant le repreneur à s'associer à un industriel, soit en envisageant une nationalisation temporaire.

Quelles options pour l'État ?

Plusieurs leviers sont étudiés par Bercy et le ministère de l'Industrie. L'hypothèse d'une entrée au capital via Bpifrance ou d'un prêt public conditionné à la présence d'un acteur industriel est évoquée. Mais le gouvernement reste prudent, soucieux de ne pas fausser la concurrence ni de créer un précédent coûteux pour les finances publiques.

La décision du tribunal de commerce est attendue dans les prochaines semaines. D'ici là, le gouvernement est sommé de clarifier sa position. Le sort de Fibre Excellence et de ses milliers de salariés se joue désormais dans un équilibre fragile entre impératifs financiers, intérêt national et pression sociale.