En moins d’une semaine, la plateforme « Classés sans suite » a recueilli plus de 6 100 témoignages de victimes de violences sexuelles, selon les chiffres affichés sur son site. Lancée après la mort de Lyhanna et la mise en examen de Jérôme Barella, elle connaît un afflux massif de signalements, dépassant largement les 5 300 récits comptabilisés six jours plus tôt.

Un afflux sans précédent

Sur la page d’accueil, des compteurs en temps réel indiquent le nombre de témoignages déposés, de plaintes ignorées, de départements concernés et de connexions cumulées. Une carte interactive permet de visualiser la répartition géographique des signalements par ville. Le site oriente également les victimes vers des associations et ressources d’aide.

Une modification radicale des règles de témoignage

Le 18 juin, les fondateurs du collectif à l’origine de la plateforme ont annoncé une modification importante : il est désormais interdit de mentionner des noms dans les récits, qu’il s’agisse de celui de la victime, de l’agresseur présumé ou d’éventuels témoins. Les créateurs justifient cette décision par la nécessité de respecter la présomption d’innocence et de protéger les personnes vulnérables de poursuites judiciaires.

« Nommer une personne dans un témoignage expose la victime à des poursuites, même quand les faits ont été signalés aux autorités, même quand une enquête a été ouverte », ont-ils expliqué. Clémence Andrieux, membre du collectif, a ajouté : « Témoigner de ce qu’on a vécu n’est pas rendre un verdict. Mais nous ne pouvons pas, en conscience, laisser des personnes vulnérables exposées à ce risque pendant que nous menons ce combat. »

Une polémique juridique

Cette mesure suscite des réactions contrastées. Anne Bouillon, avocate spécialisée dans la défense des femmes victimes de viols et d’agressions, a estimé : « J’entends parfaitement ce besoin de pouvoir s’exprimer, dire et dénoncer. Mais la justice, c’est dans les tribunaux ! »

La plateforme rappelle qu’aucune donnée personnelle n’est conservée, sauf si le témoin accepte d’être recontacté pour des investigations journalistiques. Avant de déposer un récit, l’utilisateur doit fournir la date et le lieu des faits, puis décrire son expérience sans citer de noms.

Un contexte judiciaire tendu

Le meurtre de Lyhanna, dont l’autopsie a confirmé qu’elle avait été violée, a provoqué une onde de choc dans l’opinion publique. Selon les données du ministère de la Justice pour 2023, 70 % des plaintes pour viol en France sont classées sans suite, un chiffre qui nourrit le sentiment d’impunité et la volonté des victimes de s’exprimer via des canaux alternatifs.