Une équation qualifiée d’existentielle

Le financement du modèle social français est au cœur d’une nouvelle réflexion présidentielle. Emmanuel Macron a saisi quatre personnalités pour élaborer, avant la fin de l’année 2026, des scénarios destinés à « refonder le financement » du système de protection sociale. Dans un courrier rendu public par la présidence, le chef de l’État insiste sur la nécessité d’en garantir « l’efficacité et la soutenabilité », évoquant une « problématique existentielle ».

Cette mission intervient dans un contexte de tensions croissantes sur les comptes de la Sécurité sociale, creusés par le vieillissement de la population et la hausse des dépenses de santé. Elle s’inscrit également dans le prolongement d’une conférence sociale proposée au printemps 2025, sans qu’une date précise n’ait alors été fixée.

Quatre experts aux profils complémentaires

Le groupe réunit deux économistes reconnus, Hippolyte d’Albis et Alexandra Roulet, ainsi que deux spécialistes de la protection sociale, Marianne Kermoal-Berthomé et Pierre Ricordeau. Ensemble, ils devront plancher sur différents leviers, notamment le poids du travail dans le financement des prestations – une préoccupation récurrente des débats publics. Les cotisations assises sur les salaires représentent aujourd’hui l’essentiel des ressources de la Sécurité sociale, mais leur part diminue sous l’effet des exonérations et des transformations du marché du travail.

L’Élysée a fixé un calendrier resserré : les travaux doivent aboutir « d’ici à la fin de l’année », soit six mois après l’annonce officielle. Le rapport final est attendu à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, ce qui lui confère un enjeu politique évident. Les scénarios élaborés pourraient alimenter les programmes des candidats sur des questions aussi sensibles que l’âge de la retraite, les cotisations patronales ou l’éventuel recours à une taxe sur la valeur ajoutée sociale.

Des défis démographiques et budgétaires

La mission devra intégrer les projections démographiques et financières à long terme. Le déséquilibre entre le nombre de cotisants et le nombre de bénéficiaires de prestations s’aggrave mécaniquement avec l’allongement de l’espérance de vie. Parallèlement, les marges de manœuvre budgétaires de l’État sont réduites, ce qui limite les possibilités de recours à l’impôt ou à l’endettement.

Les experts devront également examiner la question de l’élargissement de l’assiette de cotisations, par exemple en y intégrant davantage les revenus du capital ou en réformant les niches sociales. Aucune piste n’est exclue a priori, même si le courrier présidentiel met l’accent sur la nécessité de préserver la compétitivité des entreprises.

Un enjeu politique majeur

En confiant cette mission à des personnalités reconnues pour leur expertise technique, l’exécutif cherche à poser un cadre objectif pour un débat souvent polarisé. Le rapport final, remis peu avant la présidentielle, pourrait servir de référence aux différents camps. Il s’agit aussi d’anticiper les critiques sur l’absence de réformes structurelles, alors que le système de protection sociale accumule les déficits.

Les organisations syndicales, qui avaient été consultées lors de la précédente conférence sociale, n’ont pas encore réagi publiquement. Certaines redoutent que le travail des quatre experts ne débouche sur une remise en cause des droits acquis, tandis que le patronat plaide pour une réduction du coût du travail.

Calendrier et suites

Les conclusions sont donc attendues pour la fin de l’année 2026. Si les scénarios proposés ne seront pas contraignants pour le futur gouvernement, ils devraient nourrir les débats des primaires et de la campagne présidentielle. L’Élysée mise sur un document suffisamment étayé pour éclairer les choix des décideurs, quels qu’ils soient, après le renouvellement de 2027.