La perspective d'une PlayStation 6 à un prix record se précise, tandis que son arrivée en magasin pourrait être reportée jusqu'en 2029. La conjonction d'une hausse vertigineuse du coût des composants et de la décision de Sony de ne plus subventionner ses consoles fragilise le calendrier initialement envisagé.

Un coût de fabrication qui flambe

La nomenclature de la future console, c'est-à-dire le cumul du prix de ses pièces détachées, atteindrait aujourd'hui environ 960 dollars, contre 760 dollars trois mois plus tôt, selon un estimateur réputé dont les calculs ont été relayés dans la presse spécialisée. Cette progression est principalement due à l'envolée du prix de la mémoire vive graphique GDDR7, dont la PS6 embarquerait une trentaine de gigaoctets, pour un coût unitaire estimé à près de 300 dollars.

Cette mémoire ultrarapide est devenue rare. Les trois principaux fabricants mondiaux — Samsung, SK Hynix et Micron — ont réorienté une partie de leurs lignes de production vers la mémoire HBM (High Bandwidth Memory) utilisée par les accélérateurs d'intelligence artificielle, un segment bien plus rémunérateur. Depuis le début de l'année 2025, les prix de la mémoire ont à peu près doublé, et les analystes n'anticipent pas d'accalmie avant la fin 2027. Par ailleurs, NVIDIA aurait réduit de 30 à 40 % sa production de cartes graphiques au premier semestre 2026 en raison d'une pénurie de puces, ce qui aggrave encore la tension sur le marché.

Sony exclut de vendre à perte

Face à cette situation, le constructeur japonais a adopté une ligne claire. Lors d'une séance de questions-réponses avec ses investisseurs, Sony a indiqué qu'il n'était pas réaliste d'absorber seul la totalité de la hausse des coûts et qu'il n'entendait pas commercialiser son prochain matériel « à des pertes significatives ». Cette position rompt avec la stratégie historique du groupe, qui acceptait souvent de vendre ses consoles en dessous de leur prix de revient pendant les premières années, quitte à se rattraper sur les jeux et les services.

La tendance se vérifie déjà sur la génération actuelle. En France, la PlayStation 5 a connu trois augmentations de prix en six ans : lancée à 499 euros fin 2020, la version standard est aujourd'hui affichée à 649,99 euros, et la PS5 Pro grimpe à 899,99 euros. La dernière hausse, intervenue en mars 2026, a ajouté 100 euros d'un coup, officiellement en raison du coût des puces mémoire.

Un possible report jusqu'en 2029

Le rapport annuel du groupe européen Embracer, spécialisé dans le jeu vidéo, a jeté un froid supplémentaire. Le document évoque « des défis autour de la volatilité des tarifs douaniers aux États-Unis ainsi qu'un impact de la hausse mondiale du prix de la RAM tirée par l'IA », et précise que « ces deux facteurs pourraient avoir un impact négatif sur les prix de vente des consoles » et « entraîner des retards opérationnels pour le lancement des futures consoles ». Selon Embracer, Sony envisagerait désormais de décaler les débuts de sa prochaine machine à 2028, voire 2029.

Cette analyse rejoint les inquiétudes de nombreux observateurs du secteur. La demande des centres de données dédiés à l'IA — ceux d'OpenAI, Google ou Anthropic — absorbe une part croissante de la production mondiale de semi-conducteurs, et le cabinet IDC estime que cette tendance va s'accentuer dans les années à venir.

Des signaux contradictoires

Toutefois, le scénario d'un report n'est pas unanime. Une source réputée pour ses fuites sur l'industrie du jeu vidéo a récemment démenti l'hypothèse d'un lancement repoussé à 2028, laissant entendre que Sony pourrait maintenir un calendrier plus proche de 2027. Ces divergences reflètent l'incertitude qui règne sur l'évolution des coûts de production et la capacité des fabricants à approvisionner le marché en mémoire GDDR7 à un prix acceptable.

Pour les joueurs, l'attente pourrait donc se prolonger et le prix d'achat s'avérer bien plus élevé que celui des générations précédentes. Sony semble prêt à assumer ce positionnement haut de gamme, quitte à réduire le nombre potentiel d'acheteurs dans un marché déjà tendu par l'inflation des composants.