La secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT), Sophie Binet, a réclamé l’inscription de seuils de température maximaux dans le code du travail, ainsi que l’arrêt des travaux en extérieur lors des épisodes de canicule. Sa déclaration intervient alors qu’une vague de chaleur touche une large partie du territoire français, ravivant le débat sur la protection des travailleurs exposés à des conditions climatiques extrêmes.
Sophie Binet a souligné que le pays traverse un changement de régime climatique, mais aussi un changement de régime du travail. Elle estime que les dispositifs actuels, souvent basés sur des recommandations ou des plans de prévention facultatifs, ne sont plus adaptés à la fréquence et à l’intensité accrues des canicules. La dirigeante syndicale a plaidé pour une modification législative qui fixerait des températures au-delà desquelles l’activité professionnelle serait interdite ou strictement encadrée.
Des revendications précises
Selon la responsable de la CGT, il conviendrait d’introduire une obligation d’arrêt du travail lorsque la température dépasse un certain seuil, notamment pour les métiers exercés en extérieur – BTP, agriculture, espaces verts, logistique, etc. Elle suggère que ce seuil soit fixé autour de 30 °C, une valeur qui fait débat. Sophie Binet a également insisté pour que le chômage partiel intempéries, aujourd’hui réservé aux aléas météorologiques comme la neige ou le gel, soit étendu aux fortes chaleurs. Cette mesure permettrait aux employeurs de suspendre l’activité sans pénalités financières pour les salariés.
Le gouvernement en retrait sur un seuil automatique
Les propositions de la CGT se heurtent pour l’instant à des positions prudentes au sein de l’exécutif. Le ministre du Travail a écarté l’idée d’un seuil automatique d’arrêt de l’activité à 30 °C, jugeant qu’une telle règle unique ne tiendrait pas compte de la diversité des situations de travail – métiers sédentaires en intérieur climatisé, activités physiques en extérieur, etc. Il a préféré renvoyer la responsabilité aux branches professionnelles et aux entreprises, dans le cadre des plans de prévention existants.
Parallèlement, le ministre de l’Économie a ouvert la voie à des aménagements horaires pour les travailleurs exposés à la chaleur, n’excluant pas le modèle de la sieste à l’espagnole. Cette piste, qui consisterait à décaler les horaires de travail aux heures les plus fraîches – tôt le matin et tard le soir – et à prévoir une pause en milieu de journée, a été évoquée comme une solution pragmatique pour maintenir l’activité tout en protégeant la santé des salariés.
Des précédents et des interrogations
La demande de Sophie Binet s’inscrit dans un contexte de multiplication des épisodes caniculaires en France. L’été 2025 avait déjà vu plusieurs jours de record de chaleur, et l’année 2026 connaît une nouvelle vague précoce. Plusieurs organisations syndicales, dont la CGT, réclament depuis plusieurs années une mise à jour du code du travail pour intégrer les risques liés aux fortes chaleurs. Actuellement, la réglementation impose à l’employeur de prendre des mesures de prévention (mise à disposition d’eau, ventilation, pauses supplémentaires), mais aucun seuil contraignant n’est fixé.
Certains experts en droit du travail et en santé publique estiment qu’un seuil unique présente des limites : l’humidité, l’exposition solaire directe, le type d’effort ou la présence de climatisation rendent difficile la fixation d’une température absolue. D’autres, au contraire, jugent qu’une règle claire faciliterait l’application des mesures de protection et éviterait les disparités entre entreprises.
Des discussions à venir
La CGT devrait poursuivre ses actions de sensibilisation et de revendication dans les prochains jours, alors que la canicule se prolonge. Le gouvernement a annoncé qu’il consultera les partenaires sociaux sur l’adaptation du travail aux fortes chaleurs, mais n’a pas donné de calendrier précis. La question de l’extension du chômage partiel intempéries, notamment, fera l’objet de discussions techniques.
En attendant, les travailleurs exposés sont invités à appliquer les consignes de prévention – hydratation, pauses à l’ombre, allègement des charges –, tandis que les entreprises sont appelées à réévaluer leurs organisations pour faire face à des étés de plus en plus chauds.