Alors que les tensions persistent dans le détroit d’Ormuz, le capitaine d’un porte-conteneurs français de la compagnie CMA-CGM a livré un témoignage inédit sur la traversée de ce passage stratégique. Il décrit une atmosphère « drôle » et « étrange », marquée par une présence militaire renforcée et une vigilance de tous les instants. Ce récit intervient dans un contexte où un incident impliquant un navire qatari a fait une victime, accentuant l’inquiétude des équipages et des armateurs.
Le commandant, qui a requis l’anonymat, explique avoir dû suivre des consignes strictes de navigation, avec une communication constante avec les autorités régionales. « Nous étions en contact permanent avec les garde-côtes iraniens, qui nous ont indiqué la route à suivre. Il fallait absolument éviter toute zone non autorisée », a-t-il confié. Le passage, habituellement emprunté par des centaines de navires chaque jour, s’est déroulé dans un silence radio inhabituel, les équipages évitant toute manœuvre imprévue.
Un incident meurtrier à quelques encablures
Ce témoignage survient quelques jours après qu’un navire qatari a été la cible de tirs dans la région, causant la mort d’un marin. Les autorités iraniennes n’ont pas revendiqué cet incident, mais les garde-côtes de la République islamique avaient multiplié les mises en garde à l’encontre des bâtiments naviguant sans coordination préalable. L’accident a relancé les appels à la prudence de la part des compagnies maritimes, qui redoutent une escalade militaire.
Une navigation sous contraintes sécuritaires
Le capitaine du porte-conteneurs CMA-CGM précise que son équipage avait été briefé avant d’entrer dans le détroit. « On nous a demandé de ne pas répondre aux appels radio sauf en cas d’urgence, et de maintenir une vitesse réduite. Tout le monde était sur le qui-vive », ajoute-t-il. La traversée, pourtant sans incident, a duré plusieurs heures, chaque navire devant signaler sa position et ses intentions. Le commandant souligne que la situation reste « très tendue », avec des patrouilles de navires militaires visibles tout au long du parcours.
Des conséquences économiques et humaines
Depuis plusieurs semaines, la région du détroit d’Ormuz est le théâtre de frictions entre l’Iran et les puissances occidentales, ce qui a perturbé le trafic pétrolier et commercial. L’Organisation maritime internationale avait déjà évoqué l’évacuation de plus de 2 500 marins bloqués, et des centaines de navires sont toujours en attente de pouvoir traverser. Le récit du capitaine français illustre la réalité quotidienne des équipages contraints de naviguer sous protection, dans l’attente d’une normalisation des relations diplomatiques.
Pour l’heure, les compagnies maritimes recommandent à leurs navires de ne franchir le détroit qu’avec un préavis et une coordination étroite avec les autorités iraniennes, sous peine de représailles. La mort du marin qatari rappelle que le passage, bien que rouvert, reste semé d’embûches et que la vigilance demeure de mise.