L’opération de sauvetage du télescope spatial Swift, menacé de destruction dans l’atmosphère terrestre dans les prochains mois, a franchi une étape décisive. Un vaisseau robotique nommé Link a été lancé avec succès depuis l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, dans la nuit du vendredi 3 juillet 2026. Conçu par l’entreprise Katalyst Space Technologies, basée à Flagstaff (Arizona), ce petit engin de la taille d’un réfrigérateur doit s’approcher de Swift, s’y agripper à l’aide de trois bras robotiques, puis le pousser vers une orbite plus haute.
Un lancement sous haute tension L’envol de la fusée Pegasus XL, construite par Northrop Grumman, a été précédé de trois tentatives infructueuses. Deux d’entre elles avaient été annulées en raison de conditions météorologiques défavorables, et une troisième à cause d’un problème technique. Le décollage a eu lieu depuis un avion Lockheed L-1011 converti, qui a largué le lanceur à une altitude d’environ 12 200 mètres. Peu après, les moteurs de Pegasus se sont allumés pour propulser Link vers l’espace. Les contrôleurs de mission de Katalyst doivent maintenant entrer en communication avec l’engin et vérifier le déploiement de ses panneaux solaires, première étape cruciale avant toute manœuvre.
Un ballet orbital de plusieurs semaines Si tout se passe conformément aux plans, les équipes consacreront une à deux semaines à tester le bon fonctionnement des systèmes de Link. Ensuite, l’engin entamera une phase d’approche d’environ un mois et demi pour rejoindre Swift. Une fois à son contact, il utilisera ses moteurs pour repousser progressivement le télescope pendant deux mois, jusqu’à le faire gagner environ 160 kilomètres d’altitude supplémentaire. Ce surcroît devrait suffire à maintenir Swift en orbite pour une décennie supplémentaire.
Pourquoi Swift est en danger Lancé en 2004 pour une mission de deux ans, le télescope Neil Gehrels Swift Observatory fonctionne toujours, mais il ne possède aucun système de propulsion propre. Au fil des années, les frottements atmosphériques résiduels ont lentement réduit son altitude. Le phénomène s’est accéléré fin 2024 avec l’arrivée du maximum solaire, plus intense que prévu. L’activité accrue du Soleil a dilaté la haute atmosphère terrestre, augmentant la traînée sur les satellites. Swift est ainsi passé d’une orbite initiale de 600 kilomètres à environ 360 kilomètres, la majeure partie de cette descente s’étant produite en deux ans.
Un sauvetage à haut risque Les responsables de la NASA considèrent cette mission comme un pari à la fois risqué et prometteur, car le télescope reste en parfait état de fonctionnement et poursuit ses observations scientifiques. « La NASA estime évidemment que cela vaut la peine d’essayer. Et la communauté scientifique espère beaucoup car c’est un télescope important qui nous permet d’étudier des phénomènes de très haute énergie que nous n’avons aucun autre moyen d’étudier », a commenté Simeon Barber, chercheur principal à l’Open University. Un remplacement de Swift nécessiterait plusieurs années de développement et un budget bien supérieur au contrat de 30 millions de dollars attribué à Katalyst.
Un instrument irremplaçable Swift est équipé de trois télescopes qui scrutent les sursauts gamma, les explosions les plus violentes de l’Univers. Ces phénomènes, produits par l’effondrement d’étoiles massives ou la fusion d’astres compacts, libèrent en quelques secondes l’équivalent de l’énergie que le Soleil émettra durant dix milliards d’années. La rapidité et la mobilité du satellite lui ont valu son nom. En 2022, par exemple, il a capturé l’image d’un sursaut gamma provoqué par la mort d’une étoile massive située à deux milliards d’années-lumière. Aucun autre instrument en activité ne peut remplacer ces capacités uniques.
Prochaines étapes La phase de rendez-vous orbital constituera l’épreuve la plus délicate. Si elle réussit, Link et Swift formeront un ensemble temporaire avant que le remorqueur n’allume ses propulseurs pour remonter le télescope. À l’issue de la manœuvre, Link se détachera et finira par retomber et se consumer dans l’atmosphère. Le sort de Swift repose désormais sur le bon fonctionnement de ce dispositif expérimental, suivi de près par les scientifiques du monde entier.