La Nasa s’apprête à tenter une manœuvre jamais réalisée aux États-Unis : rattraper un télescope spatial vieillissant pour le maintenir en service. L’observatoire Neil Gehrels Swift, lancé en 2004 pour étudier les sursauts gamma, a vu son orbite s’abaisser dangereusement sous l’effet de la friction atmosphérique, accélérée par la récente activité solaire. Sans intervention, l’engin d’environ 1,4 tonne devrait se désintégrer dans l’atmosphère d’ici la fin de l’année.
Un robot pour rattraper Swift
La mission de sauvetage, baptisée « Swift Boost », repose sur un engin robotique nommé Link, conçu par la start-up Katalyst Space Technologies. Ce véhicule, de la taille d’un petit réfrigérateur et doté d’une envergure solaire de 12 mètres, est équipé de trois bras mécaniques munis de pinces. Son objectif : rejoindre Swift, s’y amarrer, puis le tracter vers une orbite plus haute, à environ 600 kilomètres d’altitude, contre 360 kilomètres actuellement.
Le lancement de Link devait avoir lieu mardi 30 juin depuis l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, à bord d’une fusée Pegasus XL larguée depuis un avion. Mais des conditions météorologiques défavorables ont conduit la Nasa à reporter l’opération. La prochaine fenêtre de tir est fixée au mercredi 1er juillet à 9 h 43, heure locale (5 h 43, heure de la côte Est des États-Unis).
Un défi technique et financier
« Tout dans cette mission est tellement fou », a commenté l’astrophysicienne Regina Caputo. De fait, c’est une première américaine. Seule la Chine a réussi une opération comparable, en 2022, en repoussant un satellite vers une orbite de cimetière.
Pour Brad Cenko, responsable scientifique de Swift à la Nasa, l’enjeu est autant scientifique qu’économique. « Il serait possible de construire un nouveau Swift amélioré, mais le coût serait bien plus élevé que celui de cette mission de rehaussement, qui s’élève à 30 millions de dollars (environ 26 millions d’euros), lancement compris. Swift avait coûté environ 250 millions de dollars à construire et à lancer », a-t-il expliqué.
Le robot Link doit d’abord localiser Swift dans l’espace, puis manœuvrer pour s’en approcher. La phase de rendez-vous devrait prendre environ un mois, et le transfert vers l’orbite finale nécessitera plusieurs semaines supplémentaires. La Nasa estime que le télescope doit impérativement se trouver au-dessus de 300 kilomètres d’altitude d’ici octobre pour que le sauvetage soit encore possible.
Un télescope qui a « réinventé » sa carrière
Conçu pour une durée de vie initiale de deux ans, Swift a dépassé toutes les attentes. Ses instruments lui ont permis de détecter et d’étudier des centaines de sursauts gamma, ces explosions parmi les plus énergétiques de l’univers, que Regina Caputo a qualifiées de « version surpuissante d’une supernova ». L’observatoire a également contribué à la découverte de nouvelles sources de rayons X et de trous noirs. Brad Cenko le décrit comme « un télescope unique qui s’est réinventé au fil des années ».
Perspectives pour d’autres satellites
Au-delà de Swift, cette mission pourrait ouvrir la voie à une nouvelle approche de maintenance orbitale. Ghonhee Lee, directeur général de Katalyst Space, a souligné que son entreprise développe déjà une version améliorée du robot, capable de prendre en charge des engins plus volumineux comme le télescope Hubble, lui aussi victime d’une lente descente. « C’est la première fois qu’un robot spatial américain fait une chose pareille », a-t-il déclaré. « Tous les grands observatoires de la Nasa peuvent bénéficier d’un tel service. Ce que nous démontrons, c’est qu’il existe une nouvelle solution. »
Shawn Domagal-Goldman, directeur de la division astrophysique de la Nasa, s’est dit « profondément reconnaissant que nous tentions au moins le coup ». Tout en reconnaissant que la mission comporte des risques, il a insisté sur l’importance d’essayer : « C’est beaucoup de premières empilées les unes sur les autres. »