La NASA se lance dans une opération de sauvetage spatial sans précédent pour empêcher l'un de ses télescopes les plus anciens de brûler dans l'atmosphère. Le Neil Gehrels Swift Observatory, en service depuis 2004, a vu son orbite s'abaisser progressivement sous l'effet de la traînée atmosphérique, accentuée récemment par l'activité solaire. Sans intervention, l'engin devrait atteindre un point de non-retour en octobre prochain.

Le plan de sauvetage repose sur un engin robotique nommé Link, développé par la société américaine Katalyst Space Technologies pour un coût de 30 millions de dollars. Ce vaisseau de la taille d'un petit réfrigérateur, doté d'une envergure solaire de 12 mètres et de trois bras munis de pinces, doit être lancé depuis l'atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, au-dessus de l'océan Pacifique. Le lancement était prévu le 30 juin à 10 h 23 GMT, mais les conditions météorologiques défavorables ont conduit à un report. La prochaine fenêtre de tir s'ouvre le 1er juillet à 9 h 43 GMT, comme l'ont indiqué les responsables de la mission.

Le télescope Swift en chute libre

Lancé en 2004 pour une mission initiale de deux ans, Swift a largement dépassé sa durée de vie prévue. Il étudie les sursauts gamma, que la directrice adjointe de la division d'astrophysique de la NASA, Shawn Domagal-Goldman, a qualifiés de « phénomènes les plus énergétiques de l'univers ». L'astrophysicienne Regina Caputo a comparé ces événements à des supernovas « survoltées ».

Aujourd'hui, le télescope tourne à environ 360 kilomètres d'altitude, contre près de 600 kilomètres au début de sa mission. À cette hauteur, la densité résiduelle de l'atmosphère freine l'engin, provoquant une descente accélérée. Selon les estimations, Swift pourrait passer sous la barre des 300 kilomètres en octobre, seuil en deçà duquel un rattrapage deviendrait impossible. « Je suis prudemment optimiste », a déclaré Brad Cenko, responsable scientifique de la mission Swift.

Un rendez-vous orbital complexe

La manœuvre de sauvetage se déroulera en plusieurs étapes. D'abord, Link sera mis sur une orbite d'attente proche de celle de Swift. Puis, de façon autonome, le robot devra localiser le télescope dans l'immensité de l'espace, s'en approcher et s'y amarrer à l'aide de ses trois bras articulés. Le processus de rendez-vous est estimé à un mois. Ensuite, pendant plusieurs semaines supplémentaires, Link poussera doucement Swift vers une orbite stable située à environ 600 kilomètres d'altitude, soit un gain de près de 240 kilomètres.

« Tout dans cette mission est tellement fou », a confié Regina Caputo. Ghonhee Lee, directeur général de Katalyst, a souligné le caractère inédit de l'entreprise pour un robot spatial américain. « C'est la première fois qu'un robot spatial américain fait ce genre de chose. Tous les grands observatoires de la NASA pourraient bénéficier d'un service comme celui-ci », a-t-il expliqué.

Une première américaine, après la Chine

Jusqu'à présent, seule la Chine avait réalisé une opération comparable, en hissant un satellite vers une orbite plus élevée il y a quatre ans. Shawn Domagal-Goldman a reconnu que la mission accumulait « beaucoup de premières les unes sur les autres », ajoutant qu'elle était « profondément reconnaissante que nous tentions même cela ».

Hubble pourrait être le prochain

Outre Swift, un autre télescope emblématique de la NASA, Hubble, est également menacé par la baisse d'altitude due à l'activité solaire. Katalyst travaille déjà sur une version plus grande de son robot, capable de prendre en charge le très volumineux Hubble dans un délai de deux ans. Ghonhee Lee a indiqué que la mission actuelle servait de démonstration technologique pour ouvrir la voie à d'autres sauvetages.

La fenêtre d'action pour Swift reste étroite. Si la météo le permet, le lancement du 1er juillet marquera le début d'une aventure spatiale qui pourrait redéfinir la manière de gérer la fin de vie des satellites scientifiques.