Une tentative inédite de sauvetage orbital a franchi une étape décisive dans la nuit du vendredi 3 juillet. Le vaisseau robotisé Link, développé par la société Katalyst Space Technologies, a décollé depuis l'atoll de Kwajalein, dans l'océan Pacifique, avec pour mission de rattraper et de redonner de l'altitude au télescope spatial Swift de la NASA.
L'engin, d'une taille comparable à celle d'un réfrigérateur, était logé dans la coiffe d'une fusée Pegasus XL, construite par Northrop Grumman. Celle-ci a été larguée à environ 12 000 mètres d'altitude par un avion Lockheed L-1011 transformé, à 4 h 36, heure de la côte Est des États-Unis (8 h 36, heure locale). Les moteurs de la fusée se sont ensuite allumés pour propulser Link vers l'orbite terrestre.
Un lancement après plusieurs reports
Ce lancement survient après trois tentatives avortées. Deux d'entre elles avaient été annulées en raison de conditions météorologiques défavorables, tandis qu'une troisième avait été empêchée par un problème technique. La fenêtre de tir était devenue critique car le télescope Swift, en orbite depuis 2004, n'a plus que quelques mois avant de se consumer dans l'atmosphère sous l'effet du frottement atmosphérique.
Les premières heures suivant la mise en orbite seront consacrées à l'établissement d'une liaison avec Link. Les contrôleurs de mission, basés chez Katalyst, devront confirmer le déploiement de ses panneaux solaires. Une phase de vérification des systèmes durera ensuite une à deux semaines.
Une approche prudente du télescope
Une fois les tests terminés, Link mettra environ un mois et demi à rejoindre le télescope Swift et à s'y arrimer. L'opération de remontée en altitude devrait elle-même s'étaler sur deux mois. Le plan prévoit de hisser Swift d'environ 160 kilomètres supplémentaires, ce qui devrait lui permettre de rester en orbite pendant encore une décennie.
Swift, officiellement nommé observatoire Neil Gehrels Swift, pesant 1,6 tonne, a été conçu pour étudier les sursauts gamma, ces puissantes explosions cosmiques. Sa mission initiale était de deux ans, mais il a largement dépassé cette espérance de vie. Cependant, il ne possède pas de propulseur pour corriger son orbite. La friction avec les fines couches de l'atmosphère a peu à peu réduit son altitude, un phénomène accéléré depuis fin 2024 par l'activité solaire plus intense que prévu, qui dilate l'atmosphère et accroît la traînée.
Un contrat de 30 millions de dollars
Face à l'imminence de la perte de l'instrument, la NASA a attribué à Katalyst Space Technologies un contrat de 30 millions de dollars pour cette mission de sauvetage. Les responsables de l'agence spatiale ont qualifié l'entreprise de « à haut risque et à forte récompense », estimant qu'elle valait la peine d'être tentée car Swift est toujours opérationnel sur le plan scientifique. Construire un télescope de remplacement prendrait des années et coûterait bien plus cher.
La suite des opérations sera cruciale. La réussite de l'arrimage et de la poussée orbitale déterminera si ce sauvetage spatial sans précédent permet effectivement de prolonger la vie d'un observatoire qui a révolutionné l'étude des phénomènes les plus violents de l'univers.