L’agence spatiale américaine (NASA) s’apprête à tenter une manœuvre jamais réalisée aux États-Unis : secourir un télescope spatial en perte d’altitude à l’aide d’un robot conçu pour le rattraper et le repousser vers une orbite plus haute. L’observatoire Neil Gehrels Swift, lancé en 2004 pour étudier les sursauts gamma – les explosions les plus violentes de l’Univers –, n’est plus qu’à environ 360 kilomètres d’altitude, contre 600 à l’origine. Sans intervention, il devrait pénétrer les couches denses de l’atmosphère et se consumer d’ici la fin de l’année.

Un sauvetage estimé à 30 millions de dollars

Pour éviter cette issue, la NASA a confié à la jeune entreprise Katalyst Space Technologies la conception d’un engin baptisé Link. Ce véhicule automatique, de la taille d’un petit réfrigérateur et équipé de panneaux solaires de douze mètres d’envergure, doit être placé en orbite par une fusée Pegasus lancée depuis un avion. Le décollage devait avoir lieu le 30 juin depuis l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall, mais des conditions météorologiques défavorables ont repoussé l’échéance. La prochaine fenêtre de tir est fixée au 1er juillet au plus tôt.

Le coût total de la mission est évalué à 30 millions de dollars (environ 26 millions d’euros), lancement compris. En comparaison, le développement et le lancement d’un télescope équivalent à Swift représenteraient environ 250 millions de dollars. « C’est une véritable affaire », a commenté Brad Cenko, responsable scientifique de Swift pour la NASA, dans un courriel.

Un rendez-vous spatial sous haute pression

Une fois en orbite, Link devra passer environ un mois à rejoindre Swift, puis s’en approcher avec précaution. Doté de trois bras munis de pinces, le robot devra agripper le télescope – qui pèse 1,4 tonne – et le tracter sur quelque 240 kilomètres supplémentaires pour atteindre une altitude stable de 600 kilomètres. L’opération entière pourrait prendre plusieurs mois.

Selon les estimations les plus récentes, Swift franchira un seuil critique en octobre, lorsque son altitude passera sous les 300 kilomètres. Au-delà, la densité atmosphérique deviendrait trop forte pour espérer le rattraper. « Tout dans cette mission est complètement fou », a reconnu avec un rire Regina Caputo, astrophysicienne à la NASA.

Une première américaine, un précédent chinois

Aucun robot spatial américain n’a encore réalisé une telle manœuvre. La Chine est le seul pays à avoir réussi une opération similaire, en 2022, en propulsant un satellite vers une orbite « cimetière ». Shawn Domagal-Goldman, directeur de la division d’astrophysique de la NASA, a souligné la difficulté de l’entreprise : « C’est beaucoup de premières empilées les unes sur les autres. Je suis profondément reconnaissant que nous tentions le coup. »

Un possible précédent pour Hubble

Si la mission réussit, elle pourrait ouvrir la voie au sauvetage d’autres grands observatoires. Le télescope spatial Hubble, lui aussi victime de l’érosion de son orbite sous l’effet de l’activité solaire, pourrait être le prochain candidat. Ghonhee Lee, directeur général de Katalyst Space, a indiqué que le robot de nouvelle génération de son entreprise, encore en développement, pourrait être en mesure de prendre en charge Hubble d’ici quelques années. « Ce que nous prouvons avec cette mission, c’est qu’il existe une nouvelle option dans la boîte à outils », a-t-il déclaré.

L’enjeu est également financier : plutôt que de construire et lancer un nouvel instrument, la NASA pourrait prolonger la durée de vie de ses satellites vieillissants pour une fraction du coût. Le sort de Swift, dont l’orbite s’est dégradée plus vite que prévu en raison des récentes éruptions solaires, servira de test grandeur nature à cette approche.