L'arrivée d'un nouvel épisode El Niño se précise pour l'été 2026, et les prévisions des agences onusiennes suscitent une vigilance accrue. Selon les dernières évaluations de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), il existe une probabilité de 80 % qu'un phénomène de magnitude « modérée à forte » se déclenche dans les mois à venir. Cette annonce intervient alors que le monde subit déjà les conséquences du dérèglement climatique, et que les scientifiques redoutent une amplification des événements extrêmes.

Une confirmation attendue, des incertitudes persistantes

Le phénomène El Niño, caractérisé par un réchauffement anormal des eaux de surface dans le Pacifique équatorial, revient naturellement tous les deux à sept ans. Les modèles climatiques actuels convergent vers un épisode « intense », voire « super El Niño » dans certains scénarios. Toutefois, Christophe Lavaysse, climatologue à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), rappelle que des incertitudes demeurent : « Il reste des incertitudes sur la survenue d'un El Niño intense. » Un tel épisode se définit par une anomalie de température de 2 °C à la surface de l'océan Pacifique, seuil qui n'a pas encore été observé pour l'instant. Les scientifiques estiment qu'il faudra attendre la fin de l'été 2026 pour confirmer l'intensité réelle du phénomène. Malgré ces doutes, la prévisibilité des événements océaniques est jugée plus robuste que celle des événements atmosphériques, ce qui renforce la confiance dans les projections.

Des impacts régionaux contrastés

L'Europe ne devrait pas être directement affectée par El Niño, aucun lien causal solide n'ayant été établi entre le phénomène et les variations climatiques sur le continent européen. En revanche, plusieurs régions du monde sont en première ligne. L'Asie du Sud-Est pourrait connaître de graves sécheresses, avec des risques accrus d'incendies et de pertes de récoltes agricoles. À l'inverse, la côte ouest de l'Amérique du Sud, du Chili au Pérou, s'attend à des précipitations torrentielles. Le réchauffement des eaux poussé vers ces côtes perturbe les remontées d'eau froide, réduisant la disponibilité en poissons et menaçant la sécurité alimentaire locale.

L'Afrique australe figure également parmi les zones vulnérables. Le super El Niño de 2016 avait provoqué la sécheresse la plus sévère jamais enregistrée dans cette région, et un scénario similaire est redouté cette année. Les effets cumulés du réchauffement climatique et d'El Niño pourraient amplifier les extrêmes hydrologiques, avec des conséquences humanitaires et économiques majeures.

Un appel à la préparation

Face à ces prévisions, l'ONU a appelé les gouvernements et les agences humanitaires à se préparer. L'OMM insiste sur la nécessité de mettre en place des systèmes d'alerte précoce et des plans d'adaptation pour limiter les dégâts. L'épisode de 2023-2024 avait déjà contribué à dépasser le seuil de 1,5 °C de réchauffement par rapport à la fin du XIXe siècle. Un nouvel épisode intense, susceptible d'ajouter 0,2 °C supplémentaire à la température globale, pourrait entraîner de nouveaux records de chaleur, selon Christophe Lavaysse.

Un contexte de réchauffement sans précédent

Si les épisodes El Niño les plus puissants du passé (1998, 2016) ne montrent pas d'emballement directement attribuable au changement climatique, les climatologues soulignent que l'interaction entre El Niño et le réchauffement global aggrave les événements extrêmes dans les régions concernées. Les températures océaniques déjà élevées renforcent l'intensité potentielle du phénomène. En l'absence de mesures d'atténuation, les sécheresses et les pluies diluviennes pourraient devenir plus fréquentes et plus dévastatrices, affectant des millions de personnes dans le bassin pacifique et au-delà.

Les prochains mois seront décisifs pour observer l'évolution des températures de surface du Pacifique et ajuster les prévisions. En attendant, l'appel à la mobilisation lancé par les instances internationales vise à réduire la vulnérabilité des populations face à ce qui s'annonce comme l'un des épisodes climatiques majeurs de l'année.