Un épisode majeur du phénomène climatique El Niño est attendu dans les prochains mois. Les simulations des centres de prévision convergent vers un scénario d'intensité exceptionnelle, qualifié de « super El Niño » par les spécialistes. Dans ce contexte, l'Organisation des Nations unies a lancé un appel à la préparation face à ce qu'elle décrit comme un accélérateur du dérèglement climatique.
Un phénomène périodique sous surveillance
El Niño se manifeste tous les deux à sept ans par un réchauffement anormal des eaux de surface de l'océan Pacifique équatorial. Ce phénomène océanique perturbe la circulation atmosphérique et entraîne des anomalies climatiques à l'échelle planétaire. L'épisode qui s'annonce pourrait être l'un des plus intenses jamais observés, selon les projections actuelles.
Christophe Lavaysse, climatologue à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), souligne que l'occurrence d'un tel événement reste entourée d'incertitudes. « Il reste des incertitudes sur la survenue d'un El Niño intense », a-t-il déclaré. Un épisode de ce type correspond à une anomalie de température de 2 °C à la surface du Pacifique, seuil qui n'a pas encore été atteint. Les scientifiques estiment qu'il faudra attendre la fin de l'été pour confirmer ou infirmer cette tendance. Toutefois, les modèles océaniques sont jugés plus fiables que les prévisions atmosphériques, ce qui renforce la crédibilité des alertes.
Des répercussions en cascade sur le climat mondial
Si l'Europe ne devrait pas subir d'effets directs – aucun lien n'a été établi à ce jour entre El Niño et le climat du continent européen – d'autres régions sont en première ligne. L'Asie du Sud-Est s'expose à des sécheresses sévères, avec des risques accrus d'incendies de forêt et de mauvaises récoltes. À l'inverse, la côte ouest de l'Amérique du Sud doit redouter des précipitations intenses, susceptibles de provoquer des inondations et des glissements de terrain.
Le secteur de la pêche est également menacé. Les eaux chaudes poussées vers les côtes chiliennes entravent la remontée des eaux froides riches en nutriments, ce qui réduit la disponibilité des ressources halieutiques. Lors du précédent super El Niño, en 2016, l'Afrique australe avait enregistré la sécheresse la plus grave de son histoire récente, illustrant l'ampleur des dégâts possibles.
Un effet amplifié par le changement climatique
L'épisode de 2023-2024, qui avait déjà contribué au dépassement du seuil de 1,5 °C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle, sert de référence. Un nouvel épisode intense pourrait, selon Christophe Lavaysse, entraîner une hausse supplémentaire de la température globale de l'ordre de 0,2 °C et potentiellement conduire à un nouveau record de chaleur planétaire. « La température globale continue de se réchauffer », a-t-il rappelé.
Les climatologues n'ont pas observé d'emballement direct du phénomène El Niño sous l'effet du changement climatique – les deux épisodes les plus puissants restent ceux de 1998 et de 2016. En revanche, ils insistent sur le fait que la combinaison d'un El Niño extrême et d'un réchauffement de fond intensifiera les événements climatiques extrêmes dans les zones vulnérables. L'appel de l'ONU vise précisément à inciter les gouvernements à renforcer leurs dispositifs d'alerte et leurs plans d'urgence face à ces risques accrus.
Alors que les modèles seront affinés dans les prochains mois, la communauté scientifique et les organisations internationales appellent à ne pas sous-estimer la menace que représenterait un super El Niño dans un monde déjà confronté à des températures records.