L’audience de l’affaire dite « Jean Pormanove » a pris un tournant décisif ce mercredi 8 juillet devant la cour criminelle des Alpes-Maritimes. Les juges ont procédé à la diffusion des enregistrements vidéo relatifs à la séquestration et aux brutalités infligées à cet homme, dont le décès survenu en 202ivos avait suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux. Les deux prévenus, influenceurs connus respectivement sous les pseudonymes « Naruto » et « Juan David Herrera », ont réagi de manière très différente à la projection des faits.
Trente mois requis et mandat de dépôt demandé À l’issue du visionnage, le ministère public a requis une peine de trente mois de réclusion criminelle à l’encontre de Naruto – de son vrai nom non divulgué –, assortie d’un mandat de dépôt immédiat. Le procureur a estimé que les images établissaient sans équivoque la participation active de l’accusé aux actes de violences et à la rétention de la victime. Pour Juan David Herrera, les réquisitions sont moins lourdes, mais le parquet a également demandé une peine d’emprisonnement ferme.
Les accusés partagés entre fierté et dégoût Interrogé après la projection, Naruto a déclaré : « Je suis fier de cette aventure », provoquant l’indignation dans la salle d’audience et une réaction immédiate de la partie civile. À l’opposé, Juan David Herrera a exprimé son malaise, affirmant être « dégoûté » d’avoir revu ces images et assurant ne pas se reconnaître dans les faits qui lui sont reprochés. Les enquêteurs avaient noté lors de l’instruction que les deux hommes avaient des rôles distincts, mais tous deux sont poursuivis pour violences en réunion, séquestration et abus de faiblesse.
La partie civile exige des investigations complémentaires L’avocat du frère de Jean Pormanove, qui s’est constitué partie civile, a demandé à la cour un supplément d’enquête. Il estime que des éléments n’ont pas été suffisamment exploités par les enquêteurs, évoquant notamment des menaces proférées en amont des faits et l’organisation d’un véritable guet-apens. Selon lui, l’affaire ne saurait se limiter aux seuls actes de violence physiques documentés par les vidéos, mais doit intégrer un contexte plus large de préméditation et de pressions psychologiques.
La défense conteste et demande le renvoi De leur côté, les avocats des accusés ont plaidé pour un renvoi de l’affaire, arguant que la diffusion des images en audience aurait pu compromettre la sérénité des débats et la présomption d’innocence. La cour n’a pas encore statué sur cette requête, mais elle pourrait décider de prolonger les débats au-delà de la session prévue. La décision sur le fond, elle, est attendue pour le 11 septembre prochain.
Contexte judiciaire et médiatique L’affaire Jean Pormanove avait éclaté après la mort de cet homme, dont le corps avait été retrouvé dans des circonstances troubles. Les deux influenceurs, qui comptaient des milliers d’abonnés sur les plateformes de streaming et de réseaux sociaux, avaient rapidement été mis en cause. Leur procès, très suivi par la communauté en ligne, cristallise les débats sur les dérives de certains contenus « trash » et la responsabilité pénale des créateurs de contenus.
Prochaine étape La cour doit désormais se prononcer sur la demande de supplément d’enquête et sur les réquisitions du parquet avant de fixer le calendrier de ses délibérations. L’audience se poursuit ce jeudi 9 juillet avec les plaidoiries des parties civiles et de la défense.