Au deuxième jour du procès devant le tribunal correctionnel de Nice, le parquet a formulé ses réquisitions à l'encontre de deux influenceurs jugés pour des violences et abus de faiblesse commis sur la personne de Jean Pormanove, un jeune homme vulnérable. Le procureur a requis une peine de trente mois d'emprisonnement assortie d'un sursis simple contre le streamer connu sous le pseudonyme Naruto, et une peine de dix-huit mois avec sursis contre Safine, un autre prévenu. L'accusation a décrit les faits comme relevant d'« un système de maltraitance humaine », une qualification qui dépasse le simple contentieux individuel.
Des faits qualifiés de « système de maltraitance humaine »
Selon les éléments exposés à l'audience, les deux hommes sont poursuivis pour avoir soumis Jean Pormanove à des violences répétées, des humiliations et une exploitation financière, dans un contexte de notoriété sur les réseaux sociaux. La procureure a souligné le caractère organisé et continu des sévices, évoquant une emprise psychologique et matérielle exercée sur la victime. Le parquet a estimé que les prévenus avaient agi en toute connaissance de la vulnérabilité de Jean Pormanove, un jeune homme présentant des troubles cognitifs, et qu'ils avaient abusé de sa faiblesse pour le contraindre à des actes dégradants et à lui soutirer de l'argent.
Le réquisitoire met en avant la gravité des faits et la nécessité d'une réponse pénale ferme, tout en tenant compte du profil des prévenus, âgés d'une vingtaine d'années et sans antécédents judiciaires significatifs. La peine de prison avec sursis sollicitée par le ministère public vise à conjuguer sanction et probation, dans l'attente du délibéré qui sera rendu ultérieurement par le tribunal.
La famille de la victime demande un complément d'enquête
À la suite des réquisitions, le frère de Jean Pormanove a pris la parole pour exprimer son désaccord avec la ligne de défense et la qualification juridique retenue. Il a demandé officiellement la mise en œuvre d'une nouvelle enquête, estimant que les investigations menées jusqu'à présent n'ont pas permis de faire toute la lumière sur l'étendue des faits ni sur les responsabilités pénales exactes. Il a notamment évoqué la possibilité que d'autres personnes aient participé aux violences ou aient bénéficié des sommes extorquées à son frère. Cette demande intervient alors que la défense des prévenus conteste la matérialité des faits les plus graves et plaide pour une requalification en simples violences sans préméditation.
Un procès sous haute tension médiatique
L'affaire, qui a éclaté il y a plusieurs mois, a suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux et dans la presse, en raison de la notoriété de Naruto, suivi par des centaines de milliers d'abonnés. Le procès, qui se tient à huis clos partiel pour préserver la dignité de la victime, a attiré de nombreux journalistes et sympathisants. Les débats ont mis en lumière des éléments troublants : des vidéos montrant les violences infligées à Jean Pormanove, des échanges de messages dans lesquels les prévenus se vantent de leur emprise, et un train de vie financé en partie par les fonds de la victime.
Le tribunal correctionnel de Nice doit désormais délibérer sur les peines. La décision devrait être rendue dans les prochaines semaines. En attendant, la famille de la victime espère que cette audience aboutira à une reconnaissance pleine et entière de la souffrance endurée par Jean Pormanove, et que la justice ordonnera les investigations complémentaires réclamées.
Les implications de cette affaire pour le monde des influenceurs
Ce dossier judiciaire illustre les dérives possibles de l'influence numérique, où la notoriété peut servir de couverture à des comportements prédateurs. Plusieurs associations de défense des droits des personnes vulnérables ont appelé à un renforcement de la régulation des contenus et des pratiques des créateurs de contenu, notamment lorsqu'ils interagissent avec des publics fragiles. L'affaire Jean Pormanove pourrait ainsi inspirer des évolutions législatives ou des codes de conduite plus stricts dans le secteur des réseaux sociaux.
Le verdict est attendu avec impatience par les proches de la victime, mais aussi par l'ensemble de la communauté des internautes, qui suit ce procès comme un test de la capacité de la justice à protéger les plus faibles face à l'influence dévoyée des stars du web.