Plusieurs semaines après la découverte du corps de Lyhanna, une fillette de 11 ans disparue, sa mère a officiellement saisi la justice d'une plainte contre l'État et Gérald Darmanin, qui occupait alors les fonctions de ministre de la Justice. Cette démarche fait suite à la révélation des dysfonctionnements ayant entouré le suivi d'une précédente plainte pour viols visant le suspect, Jérôme Barella.
Des antécédents judiciaires occultés
Selon les éléments rendus publics par la procédure, une plainte pour viols sur mineure avait été déposée contre Jérôme Barella dès septembre 2025. Un examen médico-légal réalisé à cette époque avait mis en évidence des lésions compatibles avec des viols. Toutefois, cette procédure n'a pas été transmise au parquet compétent dans des délais raisonnables : elle a été acheminée par courrier postal entre les parquets, sans qu'aucune mesure de protection ne soit mise en œuvre à l'encontre du suspect. Cette transmission administrative défaillante a conduit au classement sans suite de la plainte, sans que les antécédents du mis en cause ne soient portés à la connaissance des juges d'instruction saisis ultérieurement de la disparition de Lyhanna.
Une enquête administrative déjà ouverte
Face à ces révélations, le parquet avait annoncé l'ouverture d'une enquête administrative visant à déterminer les responsabilités dans ce traitement inapproprié. Laurent Ridel, procureur de la République, avait alors indiqué qu'une inspection serait diligentée pour comprendre comment une plainte pour viols sur mineure avait pu être traitée par un simple échange de courriers entre juridictions, sans qu'aucune information judiciaire ne soit ouverte. L'enquête administrative, confiée à l'Inspection générale de la justice (IGJ), vise à établir si des négligences ou des manquements aux procédures ont été commis.
La plainte de la mère
Dans sa plainte, la mère de Lyhanna dénonce une « défaillance systémique » de l'institution judiciaire et une « carence grave » de la part du ministre de la Justice de l'époque, Gérald Darmanin, qu'elle estime responsable de l'organisation et du contrôle de l'action des parquets. Elle considère que si la plainte pour viols avait été traitée avec diligence, Jérôme Barella aurait pu être placé en détention provisoire ou faire l'objet d'un contrôle judiciaire strict dès septembre 2025, empêchant ainsi le drame survenu plusieurs mois plus tard. La mère de la victime réclame la reconnaissance de la responsabilité de l'État dans ce qu'elle qualifie de « faute lourde » ayant conduit à la mort de sa fille.
Réactions et suites judiciaires
Le parquet de Paris a confirmé avoir reçu la plainte, qui devra être examinée par un juge d'instruction. L'ancien garde des Sceaux, Gérald Darmanin, n'a pas réagi publiquement à ce stade. Ses services avaient précédemment indiqué que le ministère de la Justice avait lancé une inspection dès que les faits avaient été portés à sa connaissance, sans reconnaître de responsabilité directe. Cette nouvelle procédure s'ajoute à l'enquête criminelle déjà ouverte pour la mort de Lyhanna, dans le cadre de laquelle Jérôme Barella a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire strict. Les investigations se poursuivent pour déterminer l'ensemble des circonstances du drame et d'éventuelles autres défaillances.