Une transmission postale critiquée
Le ministère de la Justice a confirmé qu'une plainte pour viols déposée en août 2025 contre Jérôme Barella, aujourd'hui principal suspect dans la mort de Lyhanna, 11 ans, avait été transmise par courrier entre les parquets de Toulouse et d'Auch. Selon une source proche de l'enquête, le dossier, qui comprenait des auditions, une expertise psychologique et un certificat médical attestant de lésions anales « sans ambiguïté », a mis treize jours pour parvenir à destination.
La même source a indiqué qu'aucun appel téléphonique ni courriel n'avait accompagné cet envoi. Le parquet de Toulouse, initialement saisi, aurait ainsi mis plusieurs semaines avant de transmettre la procédure, alors qu'une « saisine en urgence » aurait pu être effectuée.
Des délais de traitement prolongés
Une fois arrivé à Auch, le dossier serait resté plusieurs semaines sans être examiné. Toujours selon cette source, il aurait fallu près d'un mois pour qu'il soit étudié, puis environ un mois et demi supplémentaire pour qu'un service enquêteur soit désigné. Le ministère de la Justice a souligné qu'aucune difficulté particulière de moyens ne semblait pouvoir expliquer ces délais, le parquet d'Auch comptant quatre magistrats et ne présentant pas de stock important de dossiers criminels en attente.
Une procédure ordinaire pour des faits graves
Le traitement de cette affaire a également été critiqué. La source proche de l'enquête a déclaré que le dossier avait été traité « comme une procédure ordinaire, de vol, de braquage ou d'extorsion », et non comme une affaire prioritaire impliquant des violences sexuelles sur mineur. Aucune mesure coercitive rapide, comme une garde à vue, n'a été prise à l'encontre de Jérôme Barella.
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s'est interrogé sur l'application concrète de ses circulaires de politique pénale, notamment celles faisant des violences sexuelles commises sur des enfants une priorité absolue. Le ministère a précisé qu'aucune démission n'avait été présentée pour le moment, mais que des sanctions disciplinaires pourraient être envisagées devant le Conseil supérieur de la magistrature si des responsabilités individuelles étaient établies.
Des missions d'évaluation annoncées
Le ministre de la Justice a annoncé le lancement de missions d'évaluation et d'inspection afin de vérifier l'application effective de ses instructions par les parquets généraux. Cette affaire met en lumière un défaut de priorisation, alors que plusieurs éléments concordants étaient déjà réunis : certificat médical, expertise psychologique, témoignages de la mère et de la victime, et antécédents du suspect.
D'autres plaintes et un licenciement
Jérôme Barella était déjà visé par une plainte pour les mêmes faits, déposée en 2022 par une jeune fille de 10 ans. Une nouvelle plainte a également été déposée à son encontre mercredi. La procureure de la République d'Auch, Clémence Meyer, n'a pas donné plus d'informations. Enfin, le suspect avait fait l'objet d'un licenciement en 2021 pour comportement inapproprié au sein du lycée où il travaillait comme agent d'entretien.