L’enquête autour de la disparition et du décès de Lyhanna, 11 ans, à La Bassée (Nord), connaît un nouveau rebondissement judiciaire. La mère de l’enfant a fait savoir, ce mercredi 10 juin, qu’elle allait déposer une plainte contre l’État et contre Gérald Darmanin, qui occupait les fonctions de garde des Sceaux au moment des faits reprochés à l’administration judiciaire. Cette annonce intervient alors que de multiples dysfonctionnements ont été mis au jour dans le suivi d’une précédente plainte pour viols déposée contre Jérôme Barella, le principal suspect.

Une plainte aux lourdes implications

L’avocat de la mère de la victime a indiqué que cette procédure visait à engager la responsabilité de l’État pour « faute lourde » dans l’organisation et le fonctionnement du service public de la justice. Selon les éléments portés à la connaissance de la défense, une plainte pour viols visant Jérôme Barella, déposée en septembre 2025 par une autre mineure, aurait été transmise entre parquets par simple courrier postal plutôt que par une procédure sécurisée. Cette transmission, qualifiée d’« anachronique » par plusieurs observateurs, aurait entraîné un classement sans suite de l’affaire quelques mois avant la disparition de Lyhanna.

La mère de la fillette estime que ce dysfonctionnement a privé les autorités d’une occasion d’intervenir avant que sa fille ne soit victime. « Si la justice avait agi correctement dès la première plainte, Lyhanna serait encore en vie », a-t-elle déclaré, dans des propos rapportés par son conseil. La plainte contre Gérald Darmanin, aujourd’hui député et figure politique majeure, vise à mettre en cause la responsabilité personnelle de l’ancien ministre dans la supervision de son administration.

Une enquête administrative déjà ouverte

Dès le 4 juin, la procureure de la République de Lille avait annoncé l’ouverture d’une enquête administrative sur le traitement de la plainte pour viols ayant visé Jérôme Barella. Celle-ci avait été déposée par une adolescente de 14 ans en septembre 2025. L’examen médico-légal de la plaignante avait alors révélé des lésions « compatibles avec des viols », selon les informations communiquées par le parquet. Pourtant, la procédure avait été classée sans suite en mars 2026, quelques semaines avant la disparition de Lyhanna.

L’instruction administrative, diligentée par l’Inspection générale de la justice (IGJ), doit déterminer les raisons de ce classement et la manière dont le dossier a transité entre les juridictions. Le parquet de Béthune, qui aurait dû traiter l’affaire en raison du lieu des faits, n’aurait reçu la plainte que tardivement, après un acheminement par voie postale ordinaire entre les services.

Un frère du suspect également mis en examen

Parallèlement à ces développements, l’enquête pénale s’est enrichie d’un nouveau volet. Le frère de Jérôme Barella a été mis en examen pour des faits de viols commis sur deux de ses anciennes compagnes. Cette mise en examen, intervenue dans les derniers jours, ajoute une dimension supplémentaire à une affaire déjà complexe. Les investigations se poursuivent pour déterminer si les deux frères ont pu agir de concert ou si ces affaires sont distinctes.

Jérôme Barella, quant à lui, a été mis en examen pour « enlèvement et séquestration ayant entraîné la mort » ainsi que pour viols sur mineure de moins de 15 ans. Il a été placé sous contrôle judiciaire strict, une décision qui a suscité l’indignation d’associations de protection de l’enfance.

Des associations réclament des réformes

L’association La Voix de l’enfant, qui s’est constituée partie civile dans cette affaire, a exigé des réformes urgentes pour éviter que de tels dysfonctionnements ne se reproduisent. Elle dénonce un « parcours du combattant » pour les victimes de violences sexuelles, confrontées à des lenteurs et à des errements administratifs. Plusieurs élus locaux et nationaux ont également appelé à une refonte des circuits de transmission des plaintes sensibles, notamment celles impliquant des mineurs.

La plainte contre l’État et Gérald Darmanin devrait être déposée dans les prochains jours devant le tribunal administratif compétent. L’ancien ministre, qui n’a pas encore réagi publiquement à cette annonce, pourrait être entendu dans le cadre de l’enquête administrative en cours.

Ce nouveau rebondissement relance le débat sur la responsabilité des autorités dans les affaires de violences sexuelles sur mineurs, alors que le gouvernement a promis de « tirer toutes les conséquences » de cette tragédie.