La mère de Lyhanna, fillette de 11 ans retrouvée morte début juin 2026, a déposé une plainte contre l’État et l’ancien ministre de l’intérieur Gérald Darmanin. Cette action en justice, annoncée dans les jours précédents et désormais formalisée, reproche aux autorités publiques des négligences dans le traitement d’informations préalables concernant le principal suspect, Jérôme Barella.

Des signalements ignorés

Selon les éléments rendus publics par la procédure, un organisme américain de lutte contre la pédocriminalité avait signalé Jérôme Barella aux services de police français avant les faits. Ce signalement, ainsi qu’une plainte pour viols déposée par une autre mineure et transmise par courrier entre parquets, n’auraient pas donné lieu à des mesures de protection efficaces. La mère de Lyhanna estime que ces défaillances ont privé sa fille d’une protection qui aurait pu éviter le décès.

La plainte vise directement Gérald Darmanin, en sa qualité de ministre de l’intérieur à l’époque des faits, et l’État en tant que garant de l’administration judiciaire et policière. Le document judiciaire, dont le contenu a été communiqué par les avocats de la plaignante, dénonce « une succession de dysfonctionnements » ayant conduit à « une absence de réaction appropriée face à des signaux pourtant clairs ».

Un contexte de critiques croissantes

Cette plainte s’inscrit dans un climat de vives polémiques autour de l’affaire. Le gouvernement a été interpellé à l’Assemblée nationale sur les manquements présumés. Des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes françaises, notamment à Paris, Toulouse et Bourgoin-Jallieu, pour dénoncer « l’inaction des institutions » face aux violences faites aux enfants.

L’affaire a également relancé le débat sur la place de la parole de l’enfant dans le système judiciaire français. Plusieurs associations, dont La Voix de l’enfant, réclament des réformes structurelles pour améliorer le signalement et le suivi des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs.

Le parcours judiciaire du suspect

Jérôme Barella, principal suspect dans la disparition et la mort de Lyhanna, avait été mis en examen. Il faisait l’objet d’une plainte pour viols déposée par une autre mineure, classée sans suite après une enquête préliminaire. Un examen médico-légal de cette plaignante, réalisé dès septembre 2025, avait pourtant révélé des lésions compatibles avec des viols. Face à ces éléments, une enquête administrative a été ouverte pour déterminer les raisons du classement sans suite et les éventuelles négligences des services concernés. Le suspect a été placé sous contrôle judiciaire strict.

Les implications juridiques

La plainte contre l’État et Gérald Darmanin ouvre une nouvelle voie procédurale. Les avocats de la mère de Lyhanna cherchent à établir une responsabilité civile et pénale des autorités pour défaut de protection. Cette action pourrait contraindre l’État à revoir ses procédures internes de traitement des signalements pédocriminels provenant de l’étranger, ainsi que la coordination entre les parquets.

L’affaire continue de susciter une forte émotion dans l’opinion publique et devrait alimenter les débats parlementaires sur la protection de l’enfance. La famille de Lyhanna, soutenue par plusieurs associations, entend poursuivre son combat judiciaire pour obtenir justice et des garanties que de tels faits ne se reproduiront pas.