Le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, a porté une charge sévère contre le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, à l'occasion de l'affaire Lyhanna. Il reproche au chef de la chancellerie de tenter de « s'exonérer de sa propre responsabilité » dans ce dossier qui suscite une vive émotion dans le pays.

Manuel Bompard estime que les déclarations du garde des Sceaux visent à détourner l'attention des carences structurelles du système judiciaire français. Selon lui, le gouvenement porte une part directe de responsabilité dans le drame que traverse la famille de la jeune Lyhanna, en raison de coupes budgétaires et d'une politique pénale insuffisamment coordonnée.

« Un problème de clochardisation absolu de la justice »

Dans une intervention retransmise ce lundi, l'élu marseillais a dressé un tableau très sombre de l'état de l'institution judiciaire. « Il y a un problème de clochardisation absolu de la justice », a-t-il lancé, fustigeant des moyens matériels et humains jugés dramatiquement insuffisants. Il a pointé du doigt les sous-effectifs chroniques, le manque de moyens pour les services d'enquête et les tribunaux, ainsi que la lenteur des procédures.

« On ne peut pas laisser dire que la justice est indépendante quand on la prive de tout », a poursuivi le coordinateur insoumis, estimant que l'exécutif se retranche derrière le principe de séparation des pouvoirs pour justifier ses propres décisions.

Un appel à reprendre les symboles au Rassemblement national

Manuel Bompard a également profité de cette prise de parole pour développer une analyse stratégique plus large. Interrogé sur la montée du Rassemblement national, il a estimé qu'« une des manières de battre le Rassemblement national est de lui reprendre les symboles qu'il a essayé de nous confisquer ». Une allusion à la nécessité pour la gauche de ne pas abandonner les thèmes de l'ordre, de la sécurité ou de la justice à l'extrême droite.

Il a souligné que la meilleure réponse aux discours sécuritaires du RN passait par une démonstration concrète d'efficacité républicaine, notamment par une justice mieux dotée et plus réactive.

Des réunions sous tension

Ces propos interviennent alors que Gérald Darmanin a convoqué les procureurs généraux ce lundi matin pour faire le point sur l'affaire Lyhanna. Par ailleurs, des rassemblements sont prévus devant plusieurs tribunaux de France pour rendre hommage à l'adolescente et dénoncer ce que des associations considèrent comme une défaillance de la protection de l'enfance.

La veille, le chef de l'État avait promis une réforme en profondeur de la justice des mineurs, sans toutefois donner de calendrier précis. Ses déclarations n'ont pas apaisé la colère des proches de la victime, qui appellent à une refonte des mécanismes de signalement et de prise en charge.

Une polémique qui s'inscrit dans la campagne présidentielle

Alors que Jean-Luc Mélenchon a officiellement lancé sa campagne pour l'élection présidentielle, l'affaire Lyhanna prend une dimension politique accrue. Manuel Bompard, qui dirige la campagne du leader insoumis, utilise ce dossier pour mettre en lumière ce qu'il présente comme l'échec de la politique judiciaire du gouvernement sortant.

Le ministre de la Justice n'a pour l'heure pas répondu directement aux accusations portées par le député. Ses services ont indiqué que la réunion avec les procureurs généraux visait à tirer des enseignements immédiats de cette affaire, sans préjuger des conclusions qui en seront tirées.