Manuel Bompard a livré ce week-end une analyse critique de la séquence politique provoquée par la mort de la jeune Lyhanna, dont le corps a été retrouvé dans un silo à Puycasquier. Invité à s'exprimer sur les multiples propositions gouvernementales et parlementaires qui se succèdent depuis la découverte des faits, le coordinateur de La France insoumise a vivement critiqué ce qu'il qualifie de « concours Lépine » des idées. Selon lui, cette profusion de mesures risque de nuire à l'essentiel : une remise à plat systémique des dysfonctionnements de l'institution judiciaire et des politiques de protection de l'enfance.

« Ce qui se joue en ce moment, c'est presque un concours Lépine des propositions politiques : chacun sort sa petite mesure, son petit texte », a-t-il déclaré, jugeant cette approche contre-productive. Pour le député des Bouches-du-Rhône, la priorité devrait être de bâtir un consensus autour de réformes de fond, notamment en matière de moyens accordés à la justice et de prévention des violences faites aux mineurs. Il a salué la position du Premier ministre, estimant que ce dernier « a raison » de ne pas réduire l'affaire à un simple fait divers et de vouloir en tirer des leçons structurelles.

La polémique sur le déplacement présidentiel aux États-Unis

Interrogé par ailleurs sur l'éventualité d'un déplacement d'Emmanuel Macron aux États-Unis pour assister à la Coupe du monde 2026, Manuel Bompard s'est montré réservé. « Ce ne serait pas un bon signal qu'on enverrait », a-t-il répondu, estimant qu'au vu du contexte international tendu et des tensions commerciales entre Washington et Paris, la présence du chef de l'État à cet événement sportif pourrait être mal interprétée. La déclaration du coordinateur insoumis intervient alors que plusieurs responsables politiques s'interrogent sur l'opportunité d'un tel voyage, alors que la France traverse une période marquée par des crises sociales et diplomatiques.

Un précédent échange musclé avec le garde des Sceaux

Les propos de Manuel Bompard sur l'affaire Lyhanna s'inscrivent dans un échange plus large avec l'exécutif. Quelques jours plus tôt, il avait déjà vivement interpellé le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, l'accusant de chercher « à s'exonérer de sa propre responsabilité » dans ce dossier. Le coordinateur de La France insoumise avait alors dénoncé une « clochardisation absolue » de la justice, pointant du doigt le manque de moyens chronique des tribunaux et des services sociaux, facteur qui, selon lui, a rendu possible le drame. Le ministre de la Justice avait de son côté annoncé plusieurs mesures, notamment le renforcement des peines pour les infractions liées aux violences sur mineurs et une augmentation des effectifs de la police judiciaire.

Vers une réforme de la protection de l'enfance ?

Au-delà des passes d'armes politiques, plusieurs députés issus de différents bords appellent à une concertation transpartisane pour réformer le système de protection de l'enfance. Des auditions ont été programmées à l'Assemblée nationale, auxquelles participeront des magistrats, des travailleurs sociaux et des associations. Manuel Bompard a indiqué que son groupe participerait à ces échanges, tout en exigeant que des mesures concrètes soient prises rapidement, notamment concernant le recrutement de juges des enfants et d'éducateurs spécialisés. Le coordinateur insoumis a également suggéré la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les dysfonctionnements révélés par l'affaire Lyhanna, proposition qui n'a pas encore recueilli de majorité claire.