Le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, a vivement interpellé le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, dans le cadre de l’affaire Lyhanna, l’accusant de vouloir «s’exonérer de sa propre responsabilité». Le député des Bouches-du-Rhône s’est exprimé dimanche, estimant que le ministre chercherait à se décharger sur d’autres acteurs plutôt que d’assumer ses propres manquements.

«Il y a un problème de clochardisation absolue de la justice», a-t-il déclaré, dénonçant l’état chronique de sous-financement et d’abandon dans lequel se trouverait l’institution judiciaire en France. Selon lui, la tragédie survenue avec la mort de Lyhanna révèle une situation plus large où les moyens alloués à la justice seraient totalement insuffisants, conduisant à des dysfonctionnements graves.

Le responsable insoumis a également profité de cette prise de parole pour évoquer la stratégie politique face au Rassemblement national. Interrogé sur les moyens de contrer l’extrême droite, Manuel Bompard a estimé qu’«une des manières de battre le Rassemblement national est de lui reprendre les symboles qu’il a essayé de nous confisquer». Il a ainsi plaidé pour une reconquête des valeurs républicaines et des emblèmes nationaux, que le parti de Marine Le Pen tenterait d’accaparer.

Un contexte politique tendu

Ces déclarations interviennent alors que l’affaire Lyhanna suscite une vive émotion dans l’opinion publique et provoque de nombreuses réactions politiques. Le ministre de la Justice a annoncé une réunion avec les procureurs généraux le lundi suivant, initiative que Manuel Bompard a qualifiée d’insuffisante. «Ce n’est pas en réunissant des magistrats que l’on résoudra le problème fondamental du manque de moyens», a-t-il souligné, appelant à une réforme structurelle du système judiciaire.

Le coordinateur de La France insoumise a également insisté sur le fait que le garde des Sceaux ne pouvait pas se contenter de pointer les défaillances locales ou les décisions individuelles de magistrats. «La responsabilité est politique et elle incombe au gouvernement», a-t-il asséné, estimant que Gérald Darmanin cherchait à «s’exonérer de sa propre responsabilité» en rejetant la faute sur d’autres.

Symboles et stratégie électorale

Au-delà de la polémique sur la justice, Manuel Bompard a esquissé une vision pour la campagne présidentielle à venir. Selon lui, la gauche doit impérativement reconquérir les symboles que le Rassemblement national a tenté de s’approprier. «Le drapeau, la Marseillaise, la République : tout cela nous appartient aussi», a-t-il affirmé, jugeant que laisser ces emblèmes à l’extrême droite constituait une erreur politique majeure.

Cette stratégie de réappropriation des symboles nationaux s’inscrit dans une volonté plus large de briser le plafond de verre qui sépare la gauche de l’électorat populaire. Manuel Bompard a estimé que la gauche devait cesser d’abandonner ces marqueurs identitaires et au contraire les revendiquer avec force.

Des accusations déjà formulées

Ces critiques ne sont pas nouvelles. Le député insoumis avait déjà, par le passé, dénoncé ce qu’il considère comme une «politique de destruction méthodique» de la justice menée par les gouvernements successifs. Il a rappelé que les budgets accordés à la justice étaient insuffisants depuis des années, ce qui aurait conduit à une situation de «clochardisation». Pour lui, l’affaire Lyhanna n’est que la conséquence tragique d’un système à bout de souffle.

Du côté du ministère de la Justice, aucune réaction directe n’a été apportée aux propos de Manuel Bompard dans l’immédiat. La réunion prévue avec les procureurs généraux devrait toutefois permettre d’annoncer des mesures concrètes pour tenter de répondre à la crise.

Implications pour la présidentielle

Avec cette sortie, Manuel Bompard cherche à placer le débat sur le terrain de la justice et des valeurs républicaines, à quelques mois de l’élection présidentielle. Il entend ainsi mobiliser l’électorat de gauche tout en tentant de séduire les déçus du macronisme et les abstentionnistes. La stratégie de reconquête des symboles nationaux pourrait également viser à contrer l’influence du Rassemblement national dans les territoires populaires.

L’affaire Lyhanna, par son caractère tragique, pourrait devenir un enjeu central de la campagne, chaque camp tentant d’en tirer profit. Pour La France insoumise, l’objectif est clair : faire de cette affaire un symbole de l’échec du gouvernement en matière de justice, et appeler à un changement de cap radical.