Une mise en garde contre la récupération politique

Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise (LFI), a estimé que la campagne pour l'élection présidentielle ne devait pas virer au « concours Lépine » autour de l'affaire Lyhanna. Il s'exprimait sur le plateau d'une chaîne d'information en continu, alors que la mort de cette enfant, retrouvée dans un silo à grains dans le Gers, suscite une vive émotion et de nombreuses réactions politiques.

Le responsable insoumis s'est dit « assez surpris » de constater que « des voix qui se revendiquent de la gauche se mettent presque à faire la campagne de Jordan Bardella », le président du Rassemblement national. Selon lui, certaines propositions formulées ces derniers jours, notamment en matière de sécurité et de sanctions pénales, tendent à alimenter un climat de surenchère qu'il juge contre-productif pour les valeurs de gauche.

Un appel à la retenue et à des mesures structurelles

Dans ses déclarations, Manuel Bompard a insisté sur la nécessité de ne pas instrumentaliser le drame vécu par la famille de Lyhanna à des fins électorales. Il a appelé à un débat « digne et respectueux » et a plaidé pour des réponses structurelles plutôt que pour des annonces « choc ». Selon lui, la question de la protection de l'enfance et de la justice doit être abordée avec sérieux, sans tomber dans une logique de « concours Lépine » où chacun surenchérit sur des mesures punitives.

Le député des Bouches-du-Rhône a estimé que le Premier ministre « a raison » de ne pas réduire cette tragédie à un simple fait divers, tout en jugeant que la charge contre le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, devait être nuancée. Il a toutefois maintenu ses critiques envers le ministre de la Justice, qu'il accuse de chercher à « s'exonérer de sa propre responsabilité » dans la gestion des services judiciaires et de la protection de l'enfance.

Des divergences persistantes avec l'exécutif

Manuel Bompard a également dénoncé ce qu'il qualifie de « clochardisation absolue » de la justice, un constat qu'il dresse depuis plusieurs mois. Selon lui, les moyens alloués aux tribunaux et aux services sociaux sont insuffisants, ce qui expliquerait en partie les dysfonctionnements mis en lumière par l'affaire Lyhanna. Il a reproché à Gérald Darmanin de vouloir « faire porter le chapeau » à d'autres alors que les coupes budgétaires dans la justice et la protection de l'enfance sont, selon lui, le fruit de choix politiques assumés par le gouvernement.

Le coordinateur de LFI a ainsi appelé à un changement de cap, estimant que la réponse au drame ne saurait se limiter à des propositions sécuritaires. Il a plaidé pour un renforcement des services de l'aide sociale à l'enfance, une augmentation des effectifs de la justice et une meilleure coordination entre les différents acteurs.

Le contexte politique de la présidentielle

Ces déclarations interviennent dans un climat politique tendu, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Plusieurs candidats potentiels ont déjà pris position sur l'affaire Lyhanna, certains proposant des peines planchers ou un durcissement des sanctions pénales. Manuel Bompard, tout en reconnaissant l'émotion légitime suscitée par ce drame, a mis en garde contre une dérive sécuritaire qui, selon lui, servirait les intérêts du Rassemblement national.

La France insoumise, de son côté, entend placer la question sociale et les droits des enfants au cœur de sa campagne. Manuel Bompard a ainsi rappelé que son parti proposait la création d'un pôle public de la protection de l'enfance, doté de moyens humains et financiers conséquents.

Des précédents dans l'affaire Lyhanna

Rappelons que l'affaire Lyhanna, du nom de cette fillette de deux ans dont le corps a été découvert dans un silo à grains dans le Gers, a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Les investigations se poursuivent pour déterminer les circonstances exactes de sa mort, et plusieurs pistes sont explorées par les enquêteurs. Le maire du village de Puycasquier, où les faits se sont déroulés, a indiqué que le silo resterait un « mémorial » pour la communauté.

Manuel Bompard avait déjà, début juin, vivement critiqué la gestion de cette affaire par le gouvernement, tout en évitant de tomber dans ce qu'il appelle désormais la « surenchère politicienne ».