Près de trois semaines après la découverte du corps de Lyhanna, une mission d'inspection a mis en lumière les graves dysfonctionnements qui ont entouré la procédure concernant Jérôme Barella, déjà soupçonné dans cette affaire. Le rapport, mis en ligne lundi 22 juin, détaille le parcours d'une autre enfant, Rosa, âgée de huit ans, qui affirme avoir subi « une cinquantaine de viols » de la part du même homme.
Selon les conclusions de l'enquête administrative, la mère de Rosa a conduit sa fille à l'hôpital Purpan de Toulouse le 18 août 2025, « suite à des révélations de viols que l'enfant aurait effectuées auprès de son beau-père ». La petite fille y a alors livré aux soignants le récit de violences sexuelles répétées, évoquant près de cinquante agressions.
Des plaintes non traitées en priorité
Lors d'un point presse organisé ce lundi, le chef de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale, Jean-Michel Gentil, a reconnu que la plainte déposée par la mère de Rosa n'avait « pas été traitée comme prioritaire ». Il a précisé qu'elle avait été « traitée comme ordinaire » tant par le parquet d'Auch que par la compagnie de gendarmerie de Condom, dans le Gers.
« Il y a eu un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure », a déploré Jean-Michel Gentil, pointant les responsabilités conjointes du parquet et des gendarmes. Aucune mesure n'avait été prise pour protéger la fillette malgré ses révélations.
Un contexte de carences en cascade
Ces révélations interviennent dans le cadre plus large de l'affaire Lyhanna, dont le meurtre a provoqué une onde de choc dans l'opinion publique. Le rapport d'inspection générale avait été commandé pour faire la lumière sur les défaillances ayant permis à Jérôme Barella de continuer ses agressions. Les carences dans le traitement des plaintes antérieures, dont celle de la mère de Rosa, sont désormais documentées.
La mission d'inspection souligne que si des mesures appropriées avaient été prises dès le dépôt de la plainte d'août 2025, les viols ultérieurs auraient pu être évités. Ce constat alimente les critiques sur le fonctionnement de la chaîne judiciaire et policière face aux violences sexuelles sur mineurs.
Parallèlement, le gouvernement a annoncé, le même jour, que 134 personnes ont été placées en détention provisoire à la suite du réexamen de 70 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, une opération lancée après l'affaire Lyhanna. Une mesure qui témoigne de l'ampleur des failles du système de protection de l'enfance.
La mère de Rosa poursuit son combat
Audrey, la mère de Rosa, qui avait déjà déposé une plainte contre l'État pour inaction judiciaire début juin 2026, voit dans ce rapport une confirmation de ses accusations. Elle avait recueilli, par le biais d'une cagnotte en ligne, plus de 18 000 euros de soutien pour financer son action en justice. Ce combat, elle l'a qualifié de « combat de tout le monde », estimant que l'État n'avait pas protégé sa fille malgré les alertes.
Les conclusions du rapport d'inspection devraient être transmises à la justice, tandis que l'enquête criminelle sur le meurtre de Lyhanna et les viols de Rosa se poursuit.