La tension monte d’un cran en Afrique du Sud à la veille d’un ultimatum lancé par des groupes hostiles aux migrants. Plusieurs entreprises de fret et de logistique ont annoncé la suspension de leurs activités pour la journée de samedi, craignant des débordements lors de rassemblements annoncés dans plusieurs villes du pays.
Une décision préventive des transporteurs
Selon des sources du secteur, des sociétés de transport routier et de messagerie ont prévenu leurs clients qu’elles ne pourraient assurer les livraisons prévues le 28 juin, en raison des risques pour la sécurité de leurs chauffeurs et de leurs marchandises. Certaines compagnies ont également indiqué qu’elles fermeraient leurs entrepôts et leurs dépôts, par mesure de précaution.
Cette initiative, bien que non coordonnée de manière centralisée, reflète une inquiétude grandissante au sein du monde économique. Des représentants patronaux estiment que les violences xénophobes qui se multiplient depuis plusieurs semaines pourraient paralyser des pans entiers de l’économie si elles ne sont pas enrayées.
Un front patronal uni pour réclamer l’action de l’État
Dans une déclaration commune, quatre des principales organisations d’employeurs du pays — Business Unity South Africa, la Chambre de commerce et d’industrie de Johannesburg, l’Afrikaanse Handelsinstituut et le Black Business Council — ont exhorté les autorités à prendre des mesures immédiates. Ils demandent notamment le déploiement renforcé des forces de l’ordre dans les zones à risque, la protection des travailleurs migrants et la garantie de la libre circulation des marchandises.
Les signataires soulignent que la recrudescence des actes hostiles envers les étrangers porte déjà atteinte à la réputation du pays et à son attractivité pour les investisseurs. Ils rappellent que l’instabilité pourrait compromettre la relance économique et fragiliser les chaînes d’approvisionnement, déjà mises sous pression par des défis logistiques structurels.
Une menace qui pèse sur toute la chaîne d’approvisionnement
Les entreprises de fret sont particulièrement vulnérables : leurs camions et leurs chauffeurs sillonnent des zones où des barrages et des contrôles informels pourraient être établis par les manifestants. Plusieurs incidents ont déjà été signalés ces dernières semaines, avec des camions caillassés ou détournés. “Nos conducteurs ont peur de prendre la route”, confie un responsable d’une société de transport basée à Johannesburg, sous couvert d’anonymat.
Le secteur logistique emploie des centaines de milliers de personnes, dont une part importante de travailleurs étrangers. Les appels au boycott des commerces tenus par des migrants, conjugués à des menaces directes, accentuent un climat de psychose déjà dénoncé par les défenseurs des droits humains.
L’ultimatum fixé au 28 juin
Depuis plusieurs semaines, des collectifs se revendiquant de la défense des intérêts sud-africains ont sommé les ressortissants étrangers — en particulier ceux originaires d’autres pays africains — de quitter le territoire avant une date butoir. Cette échéance, fixée à ce samedi, a provoqué un exode préventif de milliers de personnes, notamment des Malawites, des Zimbabwéens et des Mozambicains.
Les autorités sud-africaines ont annoncé un renforcement de la sécurité autour des principaux points de passage et des quartiers commerciaux des grandes villes. La police nationale a assuré que des effectifs supplémentaires seraient déployés pour empêcher les violences et protéger les populations vulnérables.
Un contexte économique déjà fragile
L’Afrique du Sud connaît une croissance atone, un chômage élevé et des inégalités persistantes, terreau fertile pour les discours stigmatisant les étrangers. Plusieurs experts estiment que la crise actuelle, si elle devait s’aggraver, pourrait non seulement provoquer une réaction humanitaire, mais aussi détériorer le climat des affaires sur le long terme.
La décision des entreprises de fret de suspendre leurs activités constitue un signal fort adressé aux pouvoirs publics : l’économie ne peut fonctionner sans stabilité sociale et sécuritaire. Reste à savoir si les mesures annoncées par le gouvernement suffiront à empêcher que la journée de samedi ne tourne au drame.