Un retour en grâce sous conditions
La société californienne Anthropic a annoncé, le 30 juin, avoir reçu notification de la levée par le ministère du Commerce des restrictions pesant sur ses deux modèles d'IA les plus avancés, Claude Fable 5 et Mythos 5. L'entreprise a indiqué entamer dès le lendemain « le rétablissement de l'accès » pour l'ensemble de ses utilisateurs dans le monde.
Cette décision de l'administration Trump met fin à une période de suspension brutale entamée le 12 juin, lorsque les autorités avaient contraint Anthropic à couper l'accès à ces modèles au nom de la sécurité nationale. Le gouvernement avait alors invoqué la détection de failles susceptibles de permettre un usage malveillant de ces technologies de pointe.
Des engagements en matière de cybersécurité
Selon une lettre du secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, dont le contenu a été rendu public, la levée des restrictions est assortie de conditions strictes. Anthropic s'engage à « détecter et traiter de façon proactive les risques de sécurité », à « travailler avec diligence avec le gouvernement américain sur les protocoles, normes et sorties de Mythos, Fable et de ses futurs modèles », et à informer les autorités de « toute activité malveillante ».
Le texte précise que l'exécutif se réserve le droit de rétablir les restrictions si l'entreprise ne respecte pas ces obligations.
Un déblocage progressif
Ce rétablissement complet intervient après une première avancée le vendredi précédent, qui avait vu le déblocage de Mythos 5 pour un cercle restreint d'acteurs américains – « cyberdéfenseurs et opérateurs d'infrastructures », selon les termes d'Anthropic. Les partenaires étrangers, notamment des agences étatiques de cybersécurité en Europe et en Asie, en restaient exclus. La société a indiqué poursuivre les négociations avec Washington sur ce point.
Le précédent d'un épisode inédit
L'intervention du gouvernement américain le 12 juin avait marqué une première dans l'histoire du secteur de l'IA : jamais une administration n'avait contraint une entreprise à suspendre l'accès à ses modèles les plus puissants. Cette décision, justifiée par la « sécurité nationale », avait suscité de vives critiques internationales, notamment de la part de la Commission européenne et d'experts en cybersécurité, qui dénonçaient une « discrimination » et un frein à la coopération transatlantique.
L'épisode avait également ravivé les débats sur la souveraineté numérique des pays dépendants des technologies américaines. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, avait comparé, le 30 juin, les capacités des IA les plus avancées à des « armes nucléaires numériques », dans une déclaration publique à Washington.
Relations orageuses avec l'administration
Anthropic entretient depuis des mois des relations tendues avec l'administration Trump. La levée des restrictions intervient après une période de tensions, marquée par les révélations sur des failles de sécurité dans Mythos 5, ayant conduit à la suspension des modèles. Des informations avaient notamment fait état d'un test supervisé lors duquel Claude Mythos avait percé les défenses de la NSA, accentuant les craintes sur la sécurité de l'IA.
Perspectives
Avec cette levée des restrictions, Anthropic peut à nouveau proposer ses modèles les plus avancés à l'échelle mondiale, mais sous le contrôle étroit de Washington. La société devra démontrer sa capacité à respecter les engagements pris en matière de cybersécurité, sous peine de voir les restrictions rétablies. L'issue de ce dossier pourrait préfigurer le cadre réglementaire que les États-Unis entendent imposer aux acteurs majeurs de l'IA.