L'entreprise d'intelligence artificielle Anthropic a obtenu une autorisation partielle de la part du gouvernement américain pour déployer son modèle le plus performant, le Mythos 5, après plusieurs jours de restrictions strictes. Selon des sources proches du dossier, le Département du Commerce a validé un accès limité à ce système, réservé à environ cent entreprises et agences gouvernementales des États-Unis.

Cette décision intervient dans le cadre d'un processus de réexamen des mesures de contrôle à l'exportation imposées la semaine précédente par la Maison-Blanche. Le 13 juin 2026, l'exécutif avait ordonné à Anthropic de bloquer l'accès à ses deux modèles d'IA les plus avancés pour tout ressortissant étranger, invoquant des risques pour la sécurité nationale liés à un potentiel « double usage » de ces technologies.

Les modèles concernés, dont le Mythos 5, sont considérés comme présentant des capacités pouvant être détournées à des fins militaires ou de surveillance de masse. Le gouvernement Trump a justifié cette mesure par la nécessité d'empêcher que des puissances étrangères, notamment la Chine, ne puissent exploiter ces systèmes d'IA pour renforcer leurs arsenaux ou leurs capacités de cyber-espionnage.

Un accès encadré pour les entités américaines

L'autorisation récemment accordée permet à Anthropic de déployer le Mythos 5 auprès d'un nombre restreint de clients américains, parmi lesquels figurent des entreprises technologiques et des agences fédérales. Les bénéficiaires devront se soumettre à des contrôles de sécurité renforcés, incluant des audits réguliers et des clauses contractuelles limitant l'usage du modèle à des fins civiles.

Anthropic s'est félicitée de cette avancée dans un communiqué, tout en soulignant que la société continuait de travailler avec les autorités pour obtenir un assouplissement plus large des restrictions. « Nous saluons la confiance renouvelée du gouvernement dans notre capacité à déployer des systèmes d'IA sûrs et responsables », a déclaré un porte-parole de l'entreprise.

Les réactions des experts et de l'opposition

Cette décision a suscité des réactions contrastées. Clément Delangue, dirigeant de la plateforme Hugging Face, a estimé que la classification de ces modèles comme « dangereux » par l'administration Trump était « excessive » et risquait de freiner l'innovation dans le secteur. Il a plaidé pour une approche plus nuancée, où les capacités des modèles seraient évaluées au cas par cas plutôt que soumises à des restrictions généralisées.

À l'inverse, plusieurs élus démocrates ont exprimé leurs inquiétudes. Mark Carney, figure politique canadienne, a mis en garde contre une concentration excessive du pouvoir dans le domaine de l'IA entre les mains de quelques grandes entreprises américaines, appelant à une régulation multilatérale pour éviter une « course aux armements technologique ».

Un précédent pour le contrôle des exportations d'IA

Ce dossier marque une étape importante dans la politique américaine de contrôle des exportations de technologies d'intelligence artificielle. Alors que les débats se multiplient au Congrès sur la nécessité de réguler ces systèmes, l'administration Trump semble vouloir imposer un cadre strict, mêlant sécurité nationale et compétitivité économique.

Anthropic, fondée par d'anciens salariés d'OpenAI, se positionne comme un acteur de l'IA responsable, mettant l'accent sur la sécurité et l'éthique. L'entreprise avait déjà accepté de soumettre ses modèles à des audits indépendants et de coopérer avec les agences de sécurité américaines.

Quelles suites possibles ?

Les négociations entre Anthropic et le Département du Commerce devraient se poursuivre dans les prochaines semaines. L'objectif pour la société est d'obtenir un accès élargi à ses modèles, y compris pour des clients internationaux, tout en maintenant des garanties de sécurité. Parallèlement, d'autres entreprises du secteur, comme OpenAI ou Google DeepMind, surveillent de près l'évolution de ce dossier, qui pourrait servir de précédent pour leurs propres relations avec les autorités américaines.