L'ordre exécutif de la Maison-Blanche, tombé vendredi dernier, continue de semer la perplexité chez Anthropic. Les quelque 3 000 employés de la start-up d'intelligence artificielle basée à San Francisco ont reçu des informations contradictoires sur les raisons de la décision, qui impose le blocage des modèles Fable 5 et Mythos 5 pour tous les ressortissants étrangers.
Selon des messages internes, les cadres ont été avertis qu'ils disposaient de moins de 90 minutes pour se conformer à la directive, sous peine de service perturbé pour leurs clients. Une première version de l'explication évoquait un risque d'accès par des entreprises étrangères, avant d'être remplacée par la découverte d'une vulnérabilité majeure dans les modèles. « Que dites-vous à vos clients ? », « Quelqu'un sait-il ce qu'il faut croire ? » ou encore « Je ne comprends pas quel est le problème » : ces extraits de conversations internes illustrent la confusion ambiante.
Des discussions sans percée
Le directeur général Dario Amodei et plusieurs de ses adjoints ont rencontré des responsables de l'administration Trump lundi et mardi pour tenter de trouver une issue. Mais aucun accord n'a été conclu pour lever la restriction d'accès aux nouveaux modèles. Dans un communiqué officiel publié lundi, Anthropic a réaffirmé sa « volonté continue de travailler aux côtés de l'administration » et de poursuivre les échanges.
L'incertitude plane également sur le projet d'introduction en Bourse qu'Anthropic avait prévu pour cette année. Des ingénieurs s'interrogent ouvertement, dans leurs discussions, sur les conséquences de l'ordre présidentiel sur cette opération financière. La question n'a pas été tranchée.
Des salariés inquiets pour leur avenir
L'absence de réponses claires alimente un sentiment de ciblage au sein de l'entreprise. Certains employés se demandent s'ils sont délibérément visés par le président Trump, en raison de leur profil ou de la nature de leurs travaux. Les informations diffusées dans les médias, souvent contradictoires, n'ont pas dissipé ce malaise.
Cette affaire intervient alors que d'autres acteurs internationaux, comme le président français Emmanuel Macron, tentent de trouver des voies de contournement pour maintenir l'accès à ces technologies. Mais les obstacles juridiques et politiques restent élevés. La situation d'Anthropic illustre la complexité croissante des relations entre les entreprises d'IA et l'administration américaine sur les questions de sécurité nationale.
Un précédent inquiétant pour le secteur
L'ordre de la Maison-Blanche, qui restreint spécifiquement les modèles les plus avancés d'Anthropic, constitue une première dans le domaine de l'intelligence artificielle. Jusqu'à présent, les limitations concernaient surtout des logiciels ou des équipements militaires. Les spécialistes du secteur redoutent que cette mesure ne crée un précédent, ouvrant la voie à d'autres restrictions similaires à l'encontre d'autres entreprises technologiques américaines.
Anthropic a promis de continuer à dialoguer avec les autorités. Mais en interne, le sentiment d'urgence grandit : chaque jour sans solution retarde potentiellement le lancement commercial des modèles Fable 5 et Mythos 5, mais aussi l'introduction en Bourse. La confiance des investisseurs et des clients pourrait s'en trouver affectée si le blocage perdurait.