L'administration Trump a accordé vendredi à Anthropic l'autorisation de rendre accessible son modèle d'intelligence artificielle Mythos 5 à un ensemble d'environ 100 sociétés et organismes publics fédéraux, selon des informations concordantes. Cette décision constitue une avancée significative dans les discussions entre le pouvoir exécutif et la start-up californienne, qui étaient engagées dans un bras de fer depuis près de deux semaines au sujet de ses modèles les plus récents.

Début juin, la Maison-Blanche avait ordonné à Anthropic de restreindre l'accès à ses modèles Fable 5 et Mythos 5, invoquant des prérogatives de sécurité nationale. La société avait alors désactivé ces systèmes pour se conformer à une directive de contrôle des exportations, qui exigeait la suspension de tout accès accordé à des ressortissants étrangers, qu'ils se trouvent aux États-Unis ou à l'étranger.

L'autorisation partielle délivrée vendredi ne concerne que Mythos 5 et ne couvre pas l'ensemble du catalogue d'Anthropic. Les bénéficiaires de cette dérogation sont des entités jugées de confiance, incluant à la fois des entreprises privées et des agences gouvernementales. Aucune liste nominative n'a été communiquée.

Cette décision intervient après une série de rencontres entre les dirigeants d'Anthropic et les responsables du Département du Commerce américain, ainsi qu'avec des représentants de la présidence. Le directeur général d'Anthropic, Dario Amodei, avait notamment participé à une réunion de travail avec les dirigeants du G7 et des patrons de la tech en marge du sommet de juin à Évian-les-Bains, en France, où les questions de souveraineté numérique et de contrôle des modèles d'IA avaient été abordées.

Un conflit aux implications géopolitiques

Le bras de fer entre Anthropic et l'administration Trump a suscité des réactions internationales. L'ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, avait mis en garde contre les risques d'une concentration excessive du pouvoir en matière d'IA. De leur côté, plusieurs pays, dont la France, ont cherché des voies pour contourner les restrictions américaines, illustrant les enjeux de souveraineté technologique.

La levée partielle des restrictions ouvre la voie à une possible normalisation de la situation pour Anthropic, même si les conditions précises de l'accord n'ont pas été rendues publiques. La société pourrait désormais entamer des discussions plus larges pour obtenir le déblocage complet de ses modèles, notamment du Fable 5, toujours soumis à des limitations.

Un précédent réglementaire

Cette autorisation constitue un test pour le cadre de régulation des modèles d'IA aux États-Unis. Alors que l'administration Trump a souvent adopté une position ferme sur les transferts de technologies sensibles, cette dérogation ciblée pourrait préfigurer un assouplissement mesuré, conditionné à des accords de sécurité et à une évaluation au cas par cas.

Anthropic n'a pas commenté officiellement cette décision. La société s'était auparavant déclarée prête à coopérer avec les autorités tout en plaidant pour un accès plus large à ses innovations, jugées cruciales pour maintenir la compétitivité américaine dans le domaine de l'intelligence artificielle.