Washington durcit le contrôle des technologies d'intelligence artificielle

L'administration Trump a officiellement bloqué l'accès aux modèles d'intelligence artificielle les plus puissants d'Anthropic pour les gouvernements, entreprises et particuliers étrangers, marquant une escalade dans la politique de sécurité nationale autour de l'IA. Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, a adressé une lettre au directeur général d'Anthropic, Dario Amodei, informant l'entreprise que ses modèles Mythos 5 et Fable 5 sont désormais soumis à des contrôles à l'exportation vers toute destination hors des États-Unis, ainsi qu'à des restrictions pour toute personne étrangère se trouvant sur le territoire américain.

Selon un responsable de l'administration, le département du Commerce a pris cette décision après qu'une autre entreprise a affirmé avoir réussi à « jailbreaker » Mythos, ce qui a alerté l'exécutif sur des risques potentiels pour la sécurité nationale. L'administration avait auparavant tenté d'obtenir d'Anthropic une suspension volontaire du déploiement de ses derniers modèles, mais n'y était pas parvenue, d'après cette même source. La lettre de contrôle à l'exportation a donc été envoyée pour contraindre l'entreprise.

Un cadre réglementaire contraignant

La correspondance du département du Commerce précise qu'une licence sera désormais requise pour toute exportation, réexportation ou transfert domestique des modèles d'Anthropic. L'entreprise devra en outre soumettre une demande supplémentaire pour obtenir des licences validées individuellement. Tout manquement à ces obligations exposera l'entreprise à des sanctions financières et civiles.

Un responsable de l'administration a indiqué que les modèles doivent rester verrouillés jusqu'à ce que l'appareil de sécurité nationale du gouvernement américain soit « durci », ce qui pourrait prendre quelques semaines. Anthropic n'a pas répondu dans l'immédiat aux demandes de commentaires.

Conflit entre volontarisme industriel et impératifs sécuritaires

Cette décision s'inscrit dans un contexte marqué par une directive exécutive publiée plus tôt ce mois-ci par la présidence Trump, imposant des tests préalables au déploiement des systèmes d'IA les plus avancés. Anthropic dispose d'un partenariat avec le Centre pour les normes et l'innovation en matière d'IA, au sein du département du Commerce, pour des tests de pré-déploiement.

Cependant, le décret exécutif reste volontaire et évite explicitement de mettre en place un régime de licence – une issue que le conseiller principal de la Maison-Blanche pour l'IA, David Sacks, avait obtenue pour prévenir ce qu'il considère comme une « capture réglementaire » des grands laboratoires. Un responsable de l'administration a affirmé que le président Trump « ne veut pas nuire à l'industrie et souhaite que l'innovation se poursuive ».

Une situation paradoxale pour Anthropic

Anthropic se retrouve désormais dans une position complexe. L'entreprise figure sur une liste noire du Pentagone qui la juge trop dangereuse pour être utilisée par l'administration elle-même, tout en étant soumise à un régime de licences du département du Commerce qui la considère trop risquée pour un usage étranger. Cette double restriction illustre la volonté de Washington de traiter les technologies d'IA de pointe comme des actifs de sécurité nationale, sans pour autant brider le secteur.

Le conflit entre Anthropic et l'exécutif américain s'annonce donc plus complexe que jamais, alors que les frontières entre innovation, compétitivité et sécurité nationale deviennent de plus en plus poreuses.