L'Espagne a fait savoir qu'elle était disposée à s'engager dans un nouveau programme d'avion de combat avec la France, après l'enterrement définitif du projet SCAF (Système de combat aérien du futur). Cette initiative conjointe entre Paris, Berlin et Madrid a été abandonnée le 8 juin dernier, après des années de divergences industrielles et politiques.

L'offre espagnole de coopération

Dans le sillage de l'échec du SCAF, les autorités espagnoles ont indiqué qu'elles souhaitaient explorer une coopération bilatérale avec la France pour développer un nouvel avion de combat de sixième génération. Madrid, qui était le troisième partenaire du programme tripartite, voit dans cette nouvelle piste une opportunité de préserver sa base industrielle aéronautique et de maintenir son niveau technologique. Les discussions, encore informelles, n'ont pas donné lieu à des annonces officielles de calendrier ou de structure de gouvernance.

La confirmation du patron de Dassault

Interrogé mardi 16 juin à l'occasion d'une visite du ministre de l'Industrie, Sébastien Martin, sur le site de Dassault Aviation à Mérignac, le PDG Éric Trappier a confirmé que la construction d'un nouvel avion de combat était actée. « On fera un nouvel avion de combat », a-t-il déclaré devant les médias, ajoutant : « Quand ? Comment ? Avec qui on joue ? Je garde pour moi les informations que j'ai avec les autorités françaises mais on travaille dessus. » Cette affirmation intervient alors que la fin du SCAF a laissé planer le doute sur l'avenir du programme de chasseur de nouvelle génération en France.

Un contexte de tensions industrielles

L'abandon du SCAF a été officialisé après que huit entreprises, dont Airbus, ont proposé à Berlin un avion de combat de sixième génération sans la participation de Dassault Aviation. De son côté, Paris a vu d'un mauvais œil cette initiative concurrente, perçue comme une rupture unilatérale des engagements pris dans le cadre du partenariat franco-allemand. Le ministre de l'Industrie, Sébastien Martin, présent à Mérignac, a évité de commenter directement la fin du SCAF, se contentant de saluer « un de nos très grands industriels français ». Les syndicats, tenus à l'écart de cette visite, expriment leurs inquiétudes quant aux retombées industrielles, notamment pour le site de Mérignac.

Les interrogations sur le futur appareil

Plusieurs questions restent en suspens : le nouvel avion de combat sera-t-il développé en coopération avec l'Espagne seulement, ou d'autres partenaires pourraient-ils se joindre au projet ? Le Royaume-Uni et l'Italie, déjà engagés dans leur propre programme Tempest/GCAP, ne sont pas cités dans les discussions actuelles. Dassault Aviation, qui conçoit et assemble le Rafale, pourrait capitaliser sur cette plateforme pour en dériver un appareil de nouvelle génération, mais aucune information n'a filtré sur les spécifications techniques.

Les réactions politiques et industrielles

Du côté espagnol, l'offre de coopération est perçue comme une manière de ne pas perdre le bénéfice des investissements déjà consentis dans le SCAF. Madrid, qui dispose d'une filière aéronautique solide autour d'Airbus Defence and Space et d'Indra, souhaite préserver des compétences clés. En France, le gouvernement n'a pas encore officiellement répondu à cette proposition. Le PDG de Safran, autre grand acteur du secteur, a qualifié la fin du SCAF de « nouveau départ », laissant entendre que les efforts pourraient être redirigés vers d'autres collaborations.

Les enjeux pour l'avenir

Si le nouvel avion de combat devait voir le jour, il succéderait au Rafale, dont le carnet de commandes reste solide, notamment grâce au méga-contrat indien portant sur une centaine d'appareils. L'industriel français dispose donc d'une visibilité sur plusieurs années, mais la compétition technologique avec les projets américains (NGAD), britannico-italo-japonais (GCAP) et chinois impose de ne pas prendre de retard. La décision finale sur le nouveau chasseur français reviendra aux autorités politiques, qui devront arbitrer entre coopération européenne et souveraineté industrielle. Pour l'heure, Éric Trappier garde le secret sur les contours précis du projet, mais assure que le développement est en préparation.