Le gouvernement espagnol a fait savoir qu'il était disposé à engager des discussions avec la France pour concevoir un nouvel appareil de combat, après l'arrêt du projet commun d'avion de combat du futur (SCAF). Cette annonce a été formulée par des responsables ibériques, marquant une volonté de maintenir une coopération industrielle de défense malgré l'éclatement du programme tripartite qui réunissait initialement Paris, Berlin et Madrid.
Une offre de coopération bilatérale
Madrid a indiqué qu'elle voyait dans l'abandon du SCAF une opportunité pour repenser une collaboration plus resserrée avec la France. Les autorités espagnoles ont souligné leur intérêt pour un projet conjoint, qui pourrait permettre de mutualiser les compétences technologiques et industrielles des deux pays. Cette ouverture intervient alors que l'Allemagne, autre partenaire initial, s'est engagée dans une voie alternative menée par Airbus, sans la participation de Dassault Aviation, le constructeur français.
Un paysage industriel recomposé
La fin du SCAF, actée par Paris et Berlin après des années de divergences sur la répartition des tâches et les calendriers, a laissé place à plusieurs initiatives concurrentes. Du côté allemand, Airbus a lancé une offre de remplacement associant sept partenaires européens, excluant Dassault. La proposition espagnole, si elle se concrétise, pourrait offrir à la France un socle industriel pour avancer sur un nouveau chasseur, sans l'encombrement des négociations multilatérales qui ont paralysé le SCAF.
Des experts ont qualifié l'échec du programme de « décevant », estimant que l'Europe perdait une occasion de construire une filière de souveraineté aéronautique. Le général Patrick Dutartre a notamment exprimé sa frustration face à cet abandon, soulignant les enjeux stratégiques pour les armées européennes.
Des enjeux techniques et stratégiques
La relance d'un projet franco-espagnol pose la question de la charge de travail industrielle et des technologies embarquées. Les deux pays disposent d'une base industrielle aéronautique significative : la France avec Dassault et ses motoristes, l'Espagne avec des entreprises comme ITP Aero (spécialiste des turbines) et des sites d'assemblage. Un tel partenariat pourrait permettre de développer un appareil de sixième génération tout en maintenant des compétences clés en Europe.
Toutefois, les discussions en sont à un stade préliminaire et aucun calendrier ni architecture technique n'ont été officiellement arrêtés. La proposition espagnole devra surmonter des obstacles financiers et industriels, notamment la nécessité de trouver un équilibre entre les ambitions technologiques et les budgets nationaux.
Réactions et perspectives
Du côté français, aucune réponse officielle n'a été communiquée à ce stade. Les autorités françaises avaient déjà acté la fin du SCAF avec l'Allemagne et exploreraient désormais plusieurs options, dont un développement national ou une coopération bilatérale. L'offre espagnole pourrait constituer une alternative crédible, évitant à Paris de porter seule les coûts de développement d'un nouvel avion.
L'avenir du combat aérien européen reste donc incertain, avec au moins trois voies possibles : le projet germanique mené par Airbus, une coopération franco-espagnole, ou un programme purement national français. Les décisions à venir détermineront la capacité du continent à maintenir une industrie de défense compétitive face aux États-Unis et à d'autres puissances émergentes.