Le projet franco-allemand d'avion de combat de nouvelle génération est définitivement enterré, et une riposte industrielle s'organise déjà outre-Rhin. Alors que Paris et Berlin viennent d'entériner l'arrêt du Système de combat aérien du futur (SCAF), Airbus a présenté aux autorités allemandes une offre alternative réunissant sept entreprises, sans la participation de Dassault Aviation, le partenaire industriel historique du côté français.

Une proposition concurrente à l'initiative d'Airbus

D'après les informations disponibles, le consortium mené par Airbus a soumis à Berlin une solution de rechange visant à développer un avion de combat souverain pour l'Allemagne. La démarche intervient dans la foulée immédiate de la rupture officielle du programme SCAF, qui devait doter les armées de l'air française et allemande d'un chasseur du futur capable d'opérer en essaim avec des drones. Airbus, qui était l'un des deux maîtres d'œuvre du SCAF aux côtés de Dassault Aviation, semble ainsi vouloir capitaliser sur les travaux déjà réalisés pour proposer un appareil conçu sans le constructeur français.

Les causes de l'échec du programme commun

Les divergences entre Paris et Berlin s'étaient accumulées ces derniers mois, rendant la poursuite du projet impossible. Les deux capitales n'étaient pas parvenues à s'accorder sur la répartition des tâches industrielles, le partage de la propriété intellectuelle et les spécifications techniques de l'appareil. Le chancelier allemand, Olaf Scholz, aurait notamment fait part à Emmanuel Macron de son intention de recommander l'arrêt pur et simple du SCAF, face à des désaccords jugés trop profonds. La décision formelle de mettre fin au programme a été officialisée ce lundi, jetant un coup d'arrêt à l'une des plus ambitieuses coopérations industrielles européenne.

Un paysage industriel remodelé

Avec la disparition du SCAF, la compétition pour le futur avion de combat européen se recompose brutalement. Airbus, qui dispose de sites de production majeurs en Allemagne et en Espagne, entend désormais fédérer un écosystème germanique autour de son offre. Les sept entreprises partenaires n'ont pas toutes été identifiées, mais le consortium exclut explicitement Dassault Aviation, l'industriel tricolore, qui était pourtant le chef de file du volet français du SCAF. De son côté, la France pourrait être tentée de relancer un projet national ou de chercher d'autres partenariats, éventuellement avec le Royaume-Uni ou l'Italie, qui développent leur propre programme Tempest.

Les enjeux économiques et industriels

L'abandon du SCAF représente un coût et un gâchis technologique considérables. Des milliards d'euros avaient déjà été investis dans les phases de démonstration et de conception. Pour l'Allemagne, le timing est particulièrement sensible : Berlin doit remplacer à moyen terme ses flottes de Tornado et d'Eurofighter. La proposition d'Airbus pourrait permettre d'accélérer le calendrier en s'appuyant sur des briques technologiques déjà éprouvées, tout en garantissant une maîtrise d'œuvre nationale. Pour la France, qui mise sur le Rafale et son successeur, la situation est tout aussi stratégique : Dassault Aviation devra désormais compter sur ses propres forces ou trouver des alliances alternatives.

Des réactions politiques attendues

Les gouvernements français et allemand n'ont pas encore communiqué officiellement sur les suites de cette rupture. Cependant, la proposition d'Airbus à Berlin pourrait compliquer les relations bilatérales, déjà mises à l'épreuve par des visions divergentes en matière de défense et d'industrie. À Paris, on pourrait voir dans cette initiative une manœuvre visant à marginaliser l'industrie française de défense. À Berlin, on y verra sans doute la démonstration d'une capacité à assurer sa souveraineté militaire.

Quelle perspective pour l'aviation de combat européenne ?

La mort du SCAF laisse un trou béant dans la stratégie de défense européenne. L'idée d'un chasseur commun aux principales puissances du continent s'éloigne, tandis que les programmes nationaux ou bilatéraux se multiplient. Le consortium mené par Airbus pourrait, s'il obtient le feu vert de Berlin, poser les bases d'un appareil 100 % allemand, ou ouvert à d'autres partenaires. En tout état de cause, l'échec du SCAF illustre les difficultés persistantes de la coopération européenne en matière d'armement, où les intérêts nationaux et industriels peinent à se concilier.