Lors de la souscription d’un crédit immobilier, l’assurance emprunteur constitue une étape clé. Son tarif varie selon le profil de l’emprunteur, et certaines professions se voient appliquer des surprimes importantes, voire une exclusion des garanties standard. Ce traitement différencié repose sur une évaluation statistique des risques propres à chaque métier.
Les métiers manuels et ceux exposant à des risques physiques élevés sont généralement les plus ciblés. Les couvreurs, les charpentiers, les ouvriers du BTP, les pompiers, les policiers, les militaires, les plongeurs professionnels ou encore les pilotes de ligne figurent parmi les professions pour lesquelles les assureurs exigent des primes plus élevées. Une étude de marché récente indique que les surprimes peuvent atteindre 50 % à 100 % du tarif de base, selon le niveau de risque estimé.
Une logique statistique contestée
Les assureurs justifient ces majorations par un taux d’accidents du travail et de maladies professionnelles plus important dans ces secteurs. « Les données historiques montrent une corrélation claire entre certaines activités et une espérance de vie réduite ou une probabilité d’incapacité temporaire plus forte », explique un analyste du secteur assurantiel. Toutefois, des associations de consommateurs dénoncent une approche trop généraliste, qui ne tient pas compte des mesures de sécurité individuelles ou de l’état de santé réel de l’emprunteur.
Des évolutions législatives récentes
La loi Lemoine, entrée en vigueur en 2022, a introduit le droit à l’oubli pour les anciens malades du cancer et l’obligation pour les assureurs d’accepter la résiliation annuelle du contrat. Mais elle n’a pas modifié le traitement des professions à risque. En 2025, un amendement au projet de loi de finances a tenté d’interdire toute différenciation tarifaire fondée sur la profession, sans succès. Le gouvernement a préféré renvoyer la question à une concertation avec les fédérations professionnelles, prévue pour l’automne 2026.
Alternatives pour les emprunteurs
Face à ces surcoûts, les personnes exerçant ces métiers disposent de plusieurs options. La délégation d’assurance leur permet de souscrire un contrat individuel auprès d’un assureur spécialisé, souvent moins cher que la proposition de la banque. Certains courtiers proposent des garanties adaptées, avec des exclusions partielles pour les activités les plus risquées. Par ailleurs, des mutuelles interprofessionnelles ont développé des offres mutualisant les risques, ce qui peut réduire la prime pour les profils les plus exposés.
Un enjeu de transparence
Un rapport de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) publié en mars 2026 a pointé un manque de clarté dans les grilles tarifaires des assureurs. Il recommande une harmonisation des définitions des « professions à risque » et une meilleure information des consommateurs avant la signature. En attendant, les emprunteurs concernés ont intérêt à comparer plusieurs offres et à négocier avec leur banque pour obtenir des conditions moins défavorables.
Conclusion
Si les professions à risque continuent de subir des surprimes, le mouvement de libéralisation du marché de l’assurance emprunteur offre des voies de contournement. La régulation à venir pourrait mettre fin aux pratiques jugées discriminatoires, mais pour l’heure, la vigilance reste de mise pour les travailleurs des métiers les plus exposés.