Dans le cadre d’un crédit immobilier, l’assurance emprunteur est une étape obligatoire. Si la plupart des profils obtiennent une couverture sans difficulté, certains corps de métiers sont considérés comme « à risque » par les assureurs, ce qui se traduit par des surprimes ou des refus de garantie. Cette classification, qui repose sur des statistiques d’accidents et de maladies professionnelles, suscite un débat sur l’équité d’accès au crédit.

Quelles professions sont ciblées ?

Les métiers manuels et ceux exposés à des risques physiques ou chimiques figurent en tête de liste. Les assureurs établissent une grille tarifaire en fonction de la dangerosité intrinsèque de l’activité. Parmi les secteurs les plus fréquemment concernés, on retrouve le bâtiment et les travaux publics (ouvriers, maçons, charpentiers, couvreurs), l’industrie (soudeurs, chaudronniers, opérateurs sur machines), ainsi que les métiers de la sécurité (pompiers, policiers, agents de sécurité). Les professions agricoles (agriculteurs, viticulteurs, sylviculteurs) et du transport (conducteurs routiers, livreurs) sont également souvent pénalisées. Enfin, les métiers liés à la santé (infirmiers, aides-soignants) ou à l’entretien peuvent subir des surprimes en raison de risques d’infection ou de troubles musculosquelettiques.

Comment les assureurs évaluent-ils le risque ?

Les compagnies d’assurance s’appuient sur des données statistiques, notamment les tables de mortalité et de morbidité, ainsi que sur les statistiques de la branche accidents du travail et maladies professionnelles. Chaque profession se voit attribuer un coefficient de risque qui impacte directement le montant de la prime. Par exemple, un couvreur, qui travaille en hauteur et est exposé aux chutes, verra sa prime multipliée par un facteur plus élevé qu’un employé de bureau. Ce système conduit parfois à des écarts de tarifs considérables : un emprunteur exerçant un métier « à risque » peut payer jusqu’à deux ou trois fois plus cher que la moyenne pour une même durée et un même montant de prêt.

Les conséquences pour l’emprunteur

Au-delà du surcoût, certaines professions peuvent tout simplement se voir refuser l’accès à l’assurance de prêt classique. Dans ce cas, l’emprunteur doit se tourner vers des contrats « risques aggravés », proposés par des assureurs spécialisés, moyennant des primes encore plus élevées ou des exclusions de garantie. Les banques imposent en effet que le prêt soit couvert par une assurance, faute de quoi le crédit ne peut être accordé. Les travailleurs indépendants et les professions libérales, dont les revenus sont jugés plus volatils, peuvent également subir une majoration, même si leur activité n’est pas physiquement dangereuse.

Les recours possibles

Depuis la loi Lagarde de 2010, les emprunteurs ont la possibilité de choisir librement leur assurance de prêt, sans être contraints par celle proposée par la banque. Cette délégation d’assurance permet de comparer les offres et de trouver un tarif adapté à son profil. Toutefois, en pratique, les banques conservent un droit de regard : elles peuvent refuser un contrat extérieur si les garanties ne sont pas jugées équivalentes à leur propre contrat groupe. Pour les professions « à risque », il est conseillé de faire appel à un courtier spécialisé, qui connaît les grilles de souscription des différents assureurs. La loi Lemoine de 2022 a par ailleurs supprimé le questionnaire médical pour les prêts inférieurs à 200 000 euros, facilitant l’accès à l’assurance pour certains profils, même si la profession reste un critère déterminant.

Un débat sur l’équité

Des associations de consommateurs et des syndicats professionnels dénoncent régulièrement ces pratiques, qu’ils jugent discriminatoires. Selon eux, la classification par profession ne tient pas suffisamment compte des mesures de prévention mises en place par l’employeur ou des aptitudes individuelles. Certains assureurs commencent à affiner leurs grilles en intégrant des critères plus précis, comme le poste occupé et non plus seulement le secteur d’activité. Des discussions sont en cours au niveau européen pour harmoniser les règles et limiter les abus, mais aucune directive contraignante n’a encore vu le jour. En attendant, les emprunteurs exerçant un métier « à risque » doivent redoubler de vigilance et bien comparer les offres pour éviter de payer une prime excessive.