La première journée complète du sommet du G7 à Évian-les-Bains, mardi, a été marquée par un net changement de ton des dirigeants européens à l'égard de Donald Trump. Alors que les relations transatlantiques étaient au plus bas après des mois de tensions sur la guerre en Iran, les menaces américaines de retrait de troupes d'Europe et les désaccords sur d'autres dossiers, l'annonce d'un cadre de paix entre Washington et Téhéran a ouvert la voie à une détente.

Dès le matin, le chancelier allemand Friedrich Merz a offert au président américain un maillot de football floqué du numéro 47, un geste jugé flatteur et destiné à lui faire plaisir. « Nous sommes dans la même équipe », a écrit M. Merz sur les réseaux sociaux, accompagnant ce message de vœux pour le quatre-vingtième anniversaire de Donald Trump, célébré la veille. Ce ton conciliant tranche avec les semaines précédentes, marquées par des condamnations européennes de l'offensive américaine en Iran et la réponse cinglante de M. Trump, qui avait annoncé le retrait d'une partie des forces américaines stationnées sur le continent.

Le cadre de paix iranien au centre des échanges

L'accord-cadre entre les États-Unis et l'Iran, présenté par Donald Trump la veille du sommet, a profondément modifié la dynamique de la réunion. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a félicité le président américain, déclarant que « c'est ainsi que la diplomatie fonctionne ». Elle a souligné que cet accord pourrait rouvrir le détroit d'Ormuz, faire baisser les prix du pétrole et, à terme, mettre fin aux ambitions nucléaires de l'Iran. Pour les économies européennes, étranglées par la perturbation des livraisons de pétrole et de gaz depuis le début des hostilités il y a trois mois, une issue au conflit représenterait un soulagement économique majeur.

Les dirigeants européens se trouvaient jusqu'ici dans une position délicate, pris entre les critiques de M. Trump, qui leur reprochait un soutien insuffisant à l'effort de guerre américain, et l'opposition de leurs propres populations, majoritairement hostiles au conflit et lassées des retombées économiques.

Une alliance toujours fragile

Malgré cette apparente réconciliation, les analystes estiment que la fracture transatlantique est profonde. « Les Européens reconnaissent désormais en privé qu'ils ne peuvent pas attendre le départ de Trump et que quelque chose de fondamental a changé dans la relation transatlantique », observe Jeremy Shapiro, directeur de recherche au Conseil européen des relations étrangères. « Mais la rupture ne leur offre pas de plan de rechange. Ils doivent donc jouer le jeu avec Trump. »

Au-delà de l'Iran, les dirigeants européens espèrent aussi obtenir la coopération américaine sur d'autres sujets épineux, notamment la guerre en Ukraine. La volonté de ménager le président américain semble donc dictée par une nécessité stratégique, même si les contentieux – menaces sur le Groenland, critiques répétées contre les dirigeants centristes européens – restent nombreux.

Les conséquences de l'accord sur les sanctions

Le volet des sanctions contre l'Iran, qui devait être un point de friction majeur du sommet, se trouve relancé. Les Européens, qui s'étaient montrés prêts à les lever en échange d'un accord solide, pourraient désormais accélérer leur position. La perspective d'une reprise des flux pétroliers via le détroit d'Ormuz et d'une stabilisation des prix de l'énergie est perçue comme un bénéfice immédiat. Reste à savoir si le cadre présenté débouchera sur un traité définitif, ce qui conditionne toute levée coordonnée des sanctions.

Le sommet doit se poursuivre mercredi avec des discussions sur l'Ukraine, le climat et le commerce. Les gestes de bonne volonté observés mardi pourraient toutefois ne pas suffire à effacer les fractures accumulées depuis un an. Les dirigeants du G7 semblent avoir choisi la voie de la courtoisie pragmatique, dans l'espoir de préserver ce qui peut encore l'être de l'alliance occidentale.