L’ambiance du sommet du G7, réuni depuis mardi dans la ville thermale d’Évian-les-Bains, contraste nettement avec les semaines de tensions qui ont précédé l’événement. Après une série de désaccords ouverts sur la guerre menée par les États-Unis en Iran, les menaces de Washington concernant le Groenland et l’annonce d’un retrait partiel de troupes américaines du continent, les dirigeants européens ont choisi d’adopter une posture résolument conciliante envers le président Donald Trump.

Un geste symbolique du chancelier allemand

Dès le début de la journée, le chancelier allemand Friedrich Merz a offert à Donald Trump un maillot de football frappé du numéro 47. Ce présent, destiné à flatter le président américain, s’accompagnait d’un message publié sur les réseaux sociaux dans lequel M. Merz déclarait : « Nous faisons la même équipe », tout en adressant ses vœux tardifs pour le quatre-vingtième anniversaire du président. Ce geste intervient après plusieurs mois de relations glaciales entre Berlin et Washington, notamment en raison des critiques allemandes contre l’intervention militaire en Iran.

L’accord iranien comme catalyseur d’un rapprochement

La principale raison de ce changement d’attitude réside dans l’annonce, la veille de l’ouverture du sommet, d’un cadre d’accord entre les États-Unis et l’Iran, présenté par Donald Trump comme une première étape vers une paix définitive. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué cette avancée en déclarant : « C’est ainsi que la diplomatie obtient des résultats ». Elle a souligné que cet accord pourrait permettre la réouverture du détroit d’Ormuz, faire baisser les prix du pétrole et, à terme, mettre un terme aux ambitions nucléaires de l’Iran. Pour les économies européennes, durement affectées par la perturbation des approvisionnements en hydrocarbures, un règlement durable constituerait un soulagement économique significatif.

Un calcul stratégique face à l’absence d’alternative

Les observateurs notent que cette attitude conciliante relève moins d’une réelle réconciliation que d’un calcul pragmatique. Jeremy Shapiro, directeur du Conseil européen des relations internationales, estime que les Européens reconnaissent désormais en privé que la relation transatlantique a changé de manière fondamentale et qu’il ne leur est plus possible d’attendre le départ de Donald Trump. « Mais la rupture ne donne pas aux Européens de plan de rechange, explique M. Shapiro. Ils doivent donc faire bonne figure avec Trump. »

La question ukrainienne en arrière-plan

Au-delà du dossier iranien, les dirigeants européens espèrent que cette atmosphère apaisée facilitera une coopération avec Washington sur la guerre en Ukraine. Ce sujet sensible, qui avait déjà provoqué des frictions par le passé, reste une priorité pour les Européens. En se montrant courtois et en multipliant les égards envers le président américain, ils espèrent obtenir son engagement sur de nouvelles mesures de soutien à Kiev.

Un équilibre fragile

Malgré ces signes de détente, les analystes restent prudents. La guerre en Iran a placé les dirigeants européens dans une position intenable, coincés entre les exigences de Donald Trump – qui les a accusés de ne pas soutenir suffisamment l’effort américain – et l’opposition de leurs opinions publiques, majoritairement hostiles au conflit et de plus en plus mécontentes des répercussions économiques. La trêve diplomatique observée à Évian pourrait n’être que de façade, et les divergences de fond sur les sanctions, le commerce ou la sécurité demeurent entières.

Reste que pour l’instant, le G7 affiche un semblant d’unité. Les déclarations polies et les gestes symboliques des uns et des autres permettent d’éviter un éclat public, même si les fractures réelles n’ont pas disparu. L’avenir des relations transatlantiques dépendra en grande partie de l’issue des négociations avec l’Iran et de la capacité des Européens à maintenir une ligne commune face à un partenaire américain jugé imprévisible.