Le candidat Les Républicains (LR) à l’élection présidentielle de 2027, Bruno Retailleau, a tenu samedi 20 juin son premier grand meeting de campagne au parc floral de Vincennes, à Paris. L’événement, qui devait marquer le lancement officiel de sa course à l’Élysée, a été l’occasion pour l’ancien ministre de l’intérieur de présenter un programme résolument ancré à droite, mêlant promesses de fermeté judiciaire et attaques virulentes contre La France insoumise (LFI). Il a également bénéficié de la présence et du soutien de l’écrivain Boualem Sansal, figure controversée mais respectée dans certains cercles intellectuels.
Un meeting marqué par une affluence en demi-teinte
L’organisation a revendiqué la présence de « plus de 6 000 personnes », mais plusieurs observateurs ont relevé des dizaines de chaises vides dans la salle, laissant entendre que l’affluence réelle était inférieure à ce chiffre. D’autres sources évoquent environ 4 000 participants. Cette dissonance rappelle les difficultés de mobilisation rencontrées par la droite républicaine lors de la précédente campagne présidentielle, qui s’était soldée par le score de 4,78 % pour Valérie Pécresse en 2022. Bruno Retailleau a tenté de conjurer ce souvenir en affichant une énergie combative, mais l’ambiance est restée globalement mesurée.
« Remettre la France à l’endroit » : le fil rouge du discours
« Je vous propose de remettre la France à l’endroit », a lancé le candidat en ouverture, résumant sa promesse de redonner la parole au peuple et de restaurer l’autorité de l’État. Il a estimé que « rien ne peut advenir de bon en France sans le peuple français » et s’est engagé à « lui rendre la parole » pour qu’il « puisse prendre en main son destin ». Ce thème de la souveraineté populaire a servi de fil conducteur à l’ensemble de son intervention.
Une justice « intraitable » : castration chimique et suppression du juge d’application des peines
Le cœur du discours a porté sur la justice, que Bruno Retailleau a qualifiée de « système qui ne marche plus ». Il a dénoncé ce qu’il appelle un « droit à l’inexécution des peines » et promis, s’il est élu, de supprimer le juge d’application des peines, accusé d’avoir créé un écart entre les condamnations prononcées et celles réellement exécutées. « Ça suffit d’avoir créé en France un droit à l’inexécution des peines », a-t-il martelé.
Il s’est particulièrement attardé sur la lutte contre les violences sexuelles, annonçant la mise en place de « la castration chimique des pédocriminels sans leur consentement ». Justifiant cette mesure, il a déclaré : « Ça suffit de voir des pédocriminels extrêmement dangereux, qui même après une peine d’emprisonnement conservent toute leur dangerosité parce qu’ils sont soumis à des pulsions irrépressibles. » Cette proposition est présentée comme une réponse directe aux inquiétudes suscitées par des faits divers récents, notamment la mort de Lyhanna, violée et tuée par un pédocriminel déjà connu des services judiciaires.
Bruno Retailleau a également évoqué son souhait de créer une « cour disciplinaire pour les magistrats qui auraient commis des fautes », afin de renforcer la responsabilité des juges. Il a insisté sur la nécessité d’une justice « indépendante et impartiale », tout en exigeant que les magistrats « appliquent la loi, y compris dans l’exercice syndical ».
Attaque frontale contre La France insoumise
Le candidat LR a consacré une partie de son discours à dénoncer la « Nouvelle France » promue par LFI, qu’il a qualifiée de « nouvel antisémitisme ». Il a accusé le parti de Jean‑Luc Mélenchon de véhiculer des propos et des attitudes hostiles à l’encontre des juifs, dans une tentative, selon lui, de redéfinir les valeurs républicaines. Cette charge s’inscrit dans une stratégie visant à capter un électorat sensible aux questions identitaires et à contrer l’influence croissante de l’extrême droite.
Le soutien de Boualem Sansal
Invité vedette du meeting, l’écrivain franco‑algérien Boualem Sansal a apporté un soutien appuyé à Bruno Retailleau. Il a salué en lui « le héros de la prison » et a scandé « Retailleau de Beauvau à l’Élysée ! », en référence à l’ancien poste de ministre de l’intérieur du candidat. Cette présence symbolise le rapprochement de certains intellectuels avec la droite dure, mais a aussi suscité des critiques en raison des positions controversées de l’écrivain sur l’islam et la laïcité.
Absences notables et défis à venir
Plusieurs figures des Républicains, comme Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand, ont décliné l’invitation à ce premier meeting, laissant entrevoir les divisions internes qui persistent au sein du parti. Bruno Retailleau devra désormais convaincre au‑delà de son socle militant pour espérer rivaliser avec le Rassemblement national et les autres candidats déclarés. Son programme sécuritaire et son ton vindicatif visent à occuper un espace politique clair, mais les réserves exprimées sur la mobilisation et l’absence de certains cadres rappellent l’ampleur du chemin à parcourir avant le scrutin de 2027.