Bruno Retailleau franchit une étape décisive dans sa campagne présidentielle. Le prétendant des Républicains tiendra samedi son premier grand meeting au Parc floral de Paris, un rendez-vous qu'il veut transformer en démonstration de force pour inverser la tendance des sondages. Alors qu'il stagne autour de 10 % des intentions de vote, le candidat mise sur une candidature de rupture pour se démarquer de ses concurrents centristes et d'extrême droite. Pour ce faire, il a réservé une surprise de taille : la présence de Boualem Sansal, écrivain franco-algérien connu pour ses positions critiques envers l'islamisme et le régime d'Alger.

Un invité polémique pour un message fort. En conviant l'auteur, Bruno Retailleau entend donner une dimension symbolique à son meeting, en faisant de la défense de la laïcité et de la liberté d'expression un axe central de son discours. L'écrivain, souvent menacé pour ses prises de position, incarne aux yeux du candidat LR une certaine idée de la résistance face à ce qu'il qualifie d'« idéologie totalitaire ». Cette invitation, qui a surpris plusieurs cadres du parti, témoigne de la volonté de Retailleau de s'affranchir du seul terreau conservateur pour élargir son audience auprès des électeurs attachés aux valeurs républicaines.

Une stratégie à haut risque. Le choix de Sansal n'est pas sans danger : il pourrait cristalliser les critiques de l'opposition, notamment de La France insoumise, qui y verrait une instrumentalisation de la question algérienne, mais aussi de certains modérés LR qui redoutent une radicalisation du discours. « Il prend un pari audacieux », confie une source proche du parti, soulignant que le Vendéen veut incarner une forme de courage politique. Lors de ce meeting, prévu sans notes ni prompteur, le candidat devrait également insister sur son opposition à une « saison 3 du macronisme » et sur sa volonté de siphonner les voix de l'extrême droite, à l'image de Nicolas Sarkozy en 2007.

Des poids lourds absents et des ambitions intactes. Si plusieurs figures des Républicains, comme Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand, ont décliné l'invitation, Bruno Retailleau compte sur la mobilisation de ses soutiens pour remplir la salle de 4 000 places. Il espère ainsi créer un électrochoc après des semaines de campagne atone, et rattraper son retard sur le favori des sondages, Édouard Philippe. Avec ce geste fort, le candidat LR cherche à imposer un nouveau récit, où la défense des libertés face au « totalitarisme islamiste » deviendrait le marqueur d'une droite décomplexée et conquérante.