La vague de chaleur qui traverse l’Europe occidentale depuis plusieurs jours suscite des interrogations sur la cohérence des politiques climatiques nationales. Alors que les températures approchent les 38 °C à Londres et que la France a activé son niveau d’alerte sanitaire maximal, les prises de position de certains dirigeants politiques apparaissent en décalage avec l’urgence de la situation.
Un discours climatosceptique en pleine canicule
À Aberdeen, sur la côte nord-est de l’Écosse, la cheffe du Parti conservateur britannique, Kemi Badenoch, a réaffirmé son soutien à l’industrie des énergies fossiles lors d’un discours prononcé il y a une semaine. « La guerre contre le pétrole et le gaz doit cesser », a-t-elle déclaré devant ses partisans, ajoutant : « Nous devons relancer le forage au Royaume-Uni. » Badenoch, qui se qualifie elle-même de « sceptique du zéro émission nette », a inversé la position de son parti en faveur des objectifs climatiques précédemment défendus.
Interrogée cette semaine sur la chaîne GB News, elle a reconnu qu’il était « important de faire ce que nous pouvons pour lutter contre le changement climatique », mais a jugé que les approches actuelles ne « résolvent rien », estimant qu’elles « envoient simplement des emplois et des émissions vers d’autres pays ».
Des conséquences concrètes sur la population
Huit jours après cette prise de position, les thermostats du sud de l’Angleterre et du Pays de Galles affichent des températures caniculaires. Le mercure a frôlé les 38 °C à Londres, provoquant la fermeture d’écoles, l’annulation ou le retard de nombreux trains, et l’arrêt des procédures médicales non urgentes dans certains hôpitaux. L’ouverture de la Semaine d’action pour le climat de Londres, pourtant consacrée à l’amélioration de la gouvernance face aux chaleurs extrêmes, a été annulée après que le Met Office a émis une « alerte rouge ».
Un dilemme pour les responsables politiques
La concomitance entre ces records de température et les discours favorables aux énergies fossiles met en lumière un paradoxe pour les dirigeants comme Kemi Badenoch, dont le parti a remporté une élection partielle à Aberdeen, centre majeur de l’extraction pétrolière en mer du Nord. Comment concilier le soutien à des sources d’énergie polluantes, qui contribuent au réchauffement climatique, avec la réalité d’un continent qui suffoque ?
Un porte-parole de la cheffe conservatrice n’a pas répondu aux sollicitations des journalistes. Mais les faits parlent d’eux-mêmes : la vague de chaleur a déjà fait des victimes, dont un enfant en région parisienne, et plusieurs pays maintiennent des alertes sanitaires élevées. L’Espagne a évoqué un lourd bilan humain, tandis que l’Italie reste en alerte rouge pour seize villes.
Un déplacement de la chaleur vers l’Est
Selon les services météorologiques, la masse d’air chaud devrait progressivement se déplacer vers l’Europe centrale et orientale dans les prochains jours. Les autorités sanitaires de plusieurs pays se préparent à une extension de la vigilance, tandis que la France reste au niveau d’alerte maximal.
Cette canicule de juin, qualifiée d’exceptionnelle par les spécialistes, intervient dans un contexte où le continent européen se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale. Les choix politiques en matière d’énergie et de climat n’ont jamais semblé aussi directement liés aux conditions de vie des citoyens.