Les Colombiens votent ce dimanche pour départager deux candidats aux propositions diamétralement opposées sur la manière de mettre fin à un conflit armé qui a fait des centaines de milliers de morts en six décennies. Abelardo de la Espriella, donné favori, promet un retour à une confrontation militaire de grande ampleur face aux groupes armés. Son adversaire du second tour, le sénateur de gauche Iván Cepeda, défend pour sa part une modification du plan de paix actuel, qui repose sur la négociation et le désarmement.
Un clivage sécuritaire marqué
L'enjeu central de cette élection réside dans la stratégie sécuritaire à adopter. M. de la Espriella s'engage à renforcer l'offensive de l'armée contre les organisations criminelles et les guérillas, un discours qui séduit une partie de l'électorat lassé par la violence persistante. En face, Iván Cepeda estime que la voie de la discussion et de l'intégration des combattants reste la plus viable pour parvenir à une paix durable, même s'il juge nécessaire d'ajuster le dispositif existant.
Un scrutin sous haute tension
Ce second tour se déroule dans un contexte de profonde polarisation politique. Le camp conservateur bénéficie du soutien affiché de l'ancien président américain Donald Trump, un appui qui pourrait influencer les électeurs tentés par un virage sécuritaire autoritaire. Les deux camps redoutent des incidents, alors que les forces de l'ordre ont été déployées en nombre pour garantir le bon déroulement du vote.
Les réactions des analystes et des acteurs politiques
Mariano Aguirre Ernst, chercheur associé au programme de sécurité internationale de Chatham House, a analysé ce duel pour la télévision française. Il souligne que chaque candidat incarne une vision irréconciliable de la sortie de la guerre. Pour les partisans de M. de la Espriella, seule la force pourra neutraliser les groupes armés qui contrôlent encore des territoires entiers. Pour ceux d'Iván Cepeda, la répression militaire risque de relancer un cycle de violence sans fin.
Des enjeux internationaux
Au-delà des frontières colombiennes, ce scrutin est observé par les capitales régionales et mondiales. Une victoire du candidat conservateur pourrait rapprocher Bogota de l'administration Trump et éloigner le pays des accords de paix parrainés par la communauté internationale. À l'inverse, l'élection d'Iván Cepeda maintiendrait la Colombie sur la voie des négociations, mais son projet de réforme du plan de paix suscite des interrogations chez les anciens combattants et les victimes.
Un peuple en attente de paix
Quel que soit le résultat, le nouveau chef de l'État devra faire face à des défis immenses : l'insécurité dans les zones rurales, la reconversion des ex-combattants et l'impunité pour les crimes commis pendant le conflit. Les électeurs, conscients de l'importance de ce choix, se sont massivement déplacés dans les bureaux de vote, dans l'espoir de tourner la page d'une guerre qui ensanglante le pays depuis plus de soixante ans.