Un retrait forcé mais temporaire ?

L’entrée en application du règlement européen sur les marchés de crypto-actifs (MiCA), début juillet 2026, a provoqué un séisme dans le secteur des cryptomonnaies en Europe. Faute d’agrément délivré par un régulateur financier d’un État membre de l’Union européenne, des centaines de plateformes d’échange ont dû suspendre leurs activités sur le Vieux Continent. Parmi les plus emblématiques figure Binance, la première plateforme mondiale, qui s’est retrouvée contrainte de restreindre une grande partie de ses fonctionnalités pour les utilisateurs européens.

Le PDG de Binance, Richard Teng, a toutefois indiqué, lors d’une conférence organisée par Reuters, que le groupe travaillait activement à un retour. Il a révélé que plusieurs régulateurs européens avaient invité la plateforme à déposer une nouvelle demande d’agrément MiCA dans leurs juridictions respectives. Teng a qualifié ces échanges de « prématurés » et a refusé de divulguer les noms des pays concernés, précisant que Binance restait « en discussion étroite avec les autorités de régulation ».

« Nous sommes en discussion étroite avec les autorités de régulation qui nous ont invités à nous soumettre à leur régime. Il est prématuré d’en dire plus, nous ne nommerons donc pas ces autorités, mais nous continuons de travailler en étroite collaboration avec les autorités de régulation de l’UE », a détaillé Richard Teng.

Une demande déjà déposée en Grèce

Selon plusieurs informations, Binance avait déjà pris les devants en janvier 2026 en soumettant une demande d’agrément auprès de la Hellenic Capital Market Commission (HCMC) en Grèce. Cette initiative visait à obtenir le précieux sésame avant l’échéance du 1er juillet, mais la plateforme n’est pas parvenue à finaliser l’approbation à temps.

Le départ des utilisateurs européens de Binance a été massif. D’après les données communiquées par la plateforme elle-même, environ 70 % des fonds retirés par les clients européens ont été transférés vers des portefeuilles auto-hébergés, tandis que seulement 30 % ont rejoint des plateformes déjà agréées MiCA.

Un marché en pleine recomposition

L’exclusion de Binance et de centaines d’autres acteurs ouvre une période de recomposition pour l’écosystème crypto européen. Les plateformes ayant obtenu leur agrément MiCA — comme Paymium, qui avait été agréée fin juin — tentent d’attirer les clients laissés sans solution. Les quatre millions d’utilisateurs de Binance en France sont particulièrement convoités.

Le régulateur français, l’Autorité des marchés financiers (AMF), avait multiplié les mises en garde dans les mois précédant l’échéance, sommant les plateformes non conformes de régulariser leur situation avant le 1er juillet. En juin 2026, moins de 300 acteurs crypto dans toute l’Europe avaient obtenu le précieux sésame.

Le retour de Binance en Europe semble désormais une question de mois, mais les négociations en coulisses restent discrètes. Le groupe pourrait choisir un État membre moins exigeant que d’autres, dans le cadre du passeport européen offert par MiCA. Une fois agréé dans un pays de l’UE, un prestataire peut en effet opérer dans toute l’Union.

AscendEX ferme définitivement

Parallèlement, l’une des plateformes exclues, AscendEX, a annoncé sa fermeture définitive. Plusieurs clients dénoncent des difficultés à récupérer leurs fonds, l’un d’eux affirmant ne pas pouvoir retirer 62 000 dollars. L’entreprise n’a pas commenté ces allégations.

Le coup de tonnerre de Bruxelles n’est donc pas encore retombé : si Binance prépare son retour, d’autres acteurs disparaissent et la confiance des utilisateurs reste ébranlée par ces bouleversements réglementaires.