Le Royaume-Uni est à un tournant dans sa politique de protection de l'enfance en ligne. Le gouvernement du Premier ministre Keir Starmer s'apprête à dévoiler, dans les prochains jours, les conclusions d'une consultation sur la sécurité des mineurs sur internet, avec en ligne de mire une possible interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans.

Un consensus parental, un fossé générationnel

Selon des enquêtes récentes, neuf parents sur dix au Royaume-Uni se déclarent favorables à une telle interdiction. Ce soutien massif contraste avec les avis plus partagés des principaux intéressés. Une discussion menée avec un groupe de dix adolescents âgés de 12 à 16 ans, dans l'ouest de Londres, illustre cette diversité d'opinions. Si tous reconnaissent les dangers d'une utilisation non encadrée, leurs positions sur une mesure aussi radicale divergent.

Parmi les jeunes interrogés, certains plaident pour des limitations obligatoires du temps d'écran, d'autres pour des contrôles plus stricts, tandis qu'une minorité se dit favorable à une interdiction totale pour les moins de 16 ans. Ces options figurent toutes parmi les scénarios examinés par le gouvernement, qui envisage notamment un âge minimum pour l'accès aux plateformes dites « à haut risque », ainsi que des restrictions sur certaines fonctionnalités comme la diffusion en direct.

Des usages qui compliquent l'équation

Les adolescents rencontrés utilisent les réseaux sociaux de manière nuancée, ce qui rend toute mesure uniforme difficile à appliquer. L'une d'entre eux, âgée de 13 ans, gère une petite entreprise de déodorants à rouleau et se sert d'Instagram et de TikTok pour promouvoir ses produits. Elle utilise principalement Snapchat pour ses communications personnelles. Ce type d'usage, à la fois professionnel et personnel, illustre la complexité d'une interdiction générale.

Genèse d'une décision politique

Le débat a pris une ampleur nouvelle après l'exemple de l'Australie, qui a interdit en décembre dernier les réseaux sociaux pour tous les moins de 16 ans. Au Royaume-Uni, cette mesure était jugée peu probable il y a encore deux ans. Daisy Greenwell, cofondatrice de l'association Smartphone Free Childhood, raconte qu'à l'époque, le gouvernement estimait ne pas avoir besoin de nouvelles lois sur le sujet.

Mais l'opinion publique a évolué, poussant l'exécutif à agir. Le Premier ministre Starmer a déclaré la semaine dernière que la question n'était plus de savoir si son gouvernement agirait, mais quelles mesures seraient prises, et qu'une décision serait annoncée « très rapidement ». Cette annonce intervient dans un contexte où la législation existante, l'Online Safety Act de 2023, est jugée insuffisante par de nombreux défenseurs de la cause, malgré les pouvoirs conférés à l'autorité de régulation des médias et d'internet, l'Ofcom.

Quelles suites attendre ?

Le gouvernement devrait officialiser son choix dans les jours à venir, après des mois de consultation. Si une interdiction totale pour les moins de 16 ans semble peu probable, les mesures attendues pourraient inclure un âge minimum pour les plateformes les plus risquées, des limites de temps d'écran obligatoires, ou encore des restrictions sur les fonctionnalités jugées addictives pour les plus jeunes. Les prochaines semaines s'annoncent décisives pour l'encadrement du numérique au Royaume-Uni.