Le gouvernement britannique a officialisé lundi une interdiction généralisée de l'accès aux réseaux sociaux pour les enfants de moins de 16 ans, une mesure qui doit entrer en vigueur au printemps 2027. Le Premier ministre Keir Starmer a justifié cette décision par la nécessité de protéger la jeunesse des contenus violents, du harcèlement et des risques liés aux interactions en ligne.
Dans un message publié sur le réseau X, le chef du gouvernement a déclaré : « La nécessité d'agir est plus claire que jamais. Les réseaux sociaux rendent nos enfants malheureux et en danger. Nos enfants méritent mieux. » Cette annonce marque un tournant dans la régulation numérique britannique, après des années de débats parlementaires et une consultation publique qui a recueilli plus de 100 000 contributions.
Plateformes concernées et exceptions
L'interdiction vise les géants du secteur comme Facebook, Instagram, X, TikTok, Snapchat et YouTube. En revanche, les services de messagerie privée WhatsApp et Signal ne sont pas concernés par la mesure. Par ailleurs, l'âge minimal pour accéder aux chatbots imitant des relations amoureuses ou romantiques est relevé à 18 ans.
Le gouvernement prévoit également de supprimer les fonctionnalités de diffusion en direct et la possibilité pour des inconnus de contacter des mineurs de moins de 16 ans sur l'ensemble des plateformes. Une réflexion est engagée sur l'instauration d'un couvre-feu nocturne sur les réseaux sociaux pour les moins de 18 ans, dont les modalités doivent être précisées en juillet.
Une décision précipitée selon certains observateurs
Si la consultation publique a montré un large soutien des parents – plus de 90 % des répondants se prononçant en faveur d'une interdiction totale –, les résultats complets de cette consultation n'ont pas encore été publiés. Le gouvernement a promis de les rendre publics d'ici la fin de l'été.
Un ancien conseiller spécial du gouvernement travailliste, qui a requis l'anonymat pour discuter de questions internes au parti, estime que Starmer a accéléré l'annonce de cette interdiction pour consolider son soutien parlementaire, face à des élections partielles sous haute pression et des menaces de contestation de sa direction. « Cette question est importante pour les électeurs, et les échéances électorales rapprochées ont contraint Downing Street à agir », a-t-il expliqué.
Réactions contrastées
Du côté des entreprises technologiques, les réactions sont partagées. Meta, Snap, X et TikTok n'ont pas répondu aux sollicitations dans l'immédiat. En revanche, un porte-parole de YouTube, Jay Stoll, a critiqué la mesure : « YouTube est une ressource vitale pour les jeunes, les éducateurs et les parents. Des interdictions généralisées poussent les enfants en dehors d'expériences supervisées et bénéfiques vers des services anonymes et moins sûrs. »
L'opposition parlementaire s'est également déclarée favorable à une interdiction, ce qui témoigne d'un large consensus politique sur le sujet. Le Royaume-Uni suit ainsi l'exemple de l'Australie, qui avait imposé une interdiction similaire en novembre 2025 – une première mondiale.
Un processus engagé depuis plusieurs années
La réflexion sur une restriction de l'usage des réseaux sociaux par les adolescents était en cours depuis plusieurs années au sein du Parlement britannique. Une note de recherche préliminaire publiée par le gouvernement indique que les répondants à la consultation se répartissaient en trois grands groupes : les partisans d'une interdiction totale pour les moins de 16 ans, ceux qui soutenaient une interdiction de certaines fonctionnalités seulement, et ceux qui s'opposaient à toute forme de restriction.
Parmi les voix les plus influentes en faveur d'une interdiction figure Esther Ghey, mère d'une adolescente victime d'un meurtre, qui milite activement pour une régulation plus stricte des réseaux sociaux.