Un phénomène devenu possible par le réchauffement
Les vagues de chaleur intense et humide qui ont accablé le nord-est des États-Unis et l’est du Canada durant la première semaine de juillet n’auraient pu se produire sans le réchauffement planétaire d’origine humaine. C’est ce qu’affirme une équipe de scientifiques rattachés au réseau World Weather Attribution, qui a rendu publiques ses conclusions le 3 juillet.
Selon leurs calculs, une telle combinaison de températures élevées et d’humidité – mesurée par l’indice de « température de globe humide » (wet bulb globe temperature) – conserve un caractère rare dans le climat actuel, avec une probabilité annuelle d’environ 0,5 %. Mais dans le monde plus frais d’avant la révolution industrielle, cet événement aurait été « virtuellement impossible », écrivent les chercheurs. Leurs travaux n’ont pas encore été soumis à une revue scientifique à comité de lecture.
Méthode et constats
Pour estimer l’influence du changement climatique, les scientifiques ont analysé les relevés historiques et les prévisions météorologiques de l’indice de température de globe humide sur cinq jours consécutifs. Cette mesure intègre non seulement la température, mais aussi l’humidité, le vent et le rayonnement solaire direct, ce qui donne une évaluation plus fidèle du stress thermique subi par l’organisme humain.
Les chercheurs ont combiné des observations réelles et des données de modélisation pour couvrir l’ensemble de l’épisode, encore en cours au moment de l’étude. Ils ont ainsi déterminé que la canicule actuelle aurait été si exceptionnelle dans le climat préindustriel qu’elle n’aurait virtuellement jamais eu lieu.
Un contexte planétaire bouleversé
Les émissions de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre, issues de la combustion du pétrole, du gaz et du charbon, emprisonnent davantage de chaleur solaire à la surface de la Terre depuis plus d’un siècle. Si les coups de chaleur estivaux ne sont pas nouveaux, l’excès de chaleur emmagasiné par le système climatique rend les températures maximales bien plus élevées qu’autrefois pour un même type de situation météorologique.
Le groupe World Weather Attribution avait déjà appliqué une méthode similaire pour analyser la canicule qui a frappé l’Europe occidentale en juin 2026. Cette précédente étude concluait également que le changement climatique avait significativement accru la probabilité et l’intensité de l’événement.
Une déclaration symbolique
Theodore Keeping, climatologue à l’Imperial College de Londres et coauteur de l’analyse, a souligné la portée historique de ces constats : « Pour le 250e anniversaire de l’Amérique, notre étude livre une mise en garde claire. Le climat que le pays connaît aujourd’hui est fondamentalement différent de celui qui existait lorsque les pères fondateurs ont signé la Déclaration d’indépendance. »
Alors que les records de chaleur tombent et que les services de santé publique appellent à la vigilance, ce nouvel éclairage scientifique confirme que le réchauffement global n’est plus une menace lointaine, mais un facteur qui transforme déjà la réalité des étés, de part et d’autre de l’Atlantique.