New Delhi — La contestation menée par le « parti des cafards » (Cockroach Janta Party) a pris une tournure plus radicale ce week-end : ses partisans ont installé un campement de nuit au cœur de la capitale indienne, en dépit des injonctions policières leur ordonnant de se disperser. L'action s'inscrit dans la poursuite d'une mobilisation entamée en ligne et prolongée dans plusieurs grandes villes du pays.

Le fondateur du mouvement, Abhijeet Dipke, récemment diplômé de l'université de Boston, est retourné en Inde au début du mois pour donner une dimension physique à un mouvement né d'un hashtag humoristique. Depuis, il a organisé des rassemblements à Mumbai, Bengaluru et Nagpur. Le 20 juin, il a passé la nuit sur la scène installée à l'observatoire de Jantar Mantar, à New Delhi, avec plusieurs dizaines de jeunes déterminés à maintenir une occupation permanente.

Une colère nourrie par les fuites d'examens

L'exaspération des étudiants indiens, qui constituent le gros des troupes du CJP, trouve son origine dans les scandales répétés de fraudes aux examens nationaux. Le 21 juin, près d'1,7 million de candidats ont repassé le principal concours d'entrée en médecine, annulé en raison de la divulgation présumée des sujets. De nombreux participants, comme Sachin Kumar, 18 ans, ont préféré rejoindre la protestation plutôt que de se présenter aux épreuves.

« Cela m'a brisé. Les élèves tombent en dépression et personne ne s'en soucie », a confié Kumar, qui n'a pas rouvert ses livres depuis l'annulation de l'examen. Plus de la moitié des 1,4 milliard d'Indiens ont moins de 25 ans, et les fuites de sujets ainsi que les irrégularités dans les résultats suscitent une colère croissante parmi une jeunesse déjà soumise à une forte pression scolaire et professionnelle.

Un mouvement parti d'une métaphore

L'étincelle du mouvement remonte à mai, lorsque le juge en chef de l'Inde a comparé les jeunes à des cafards, suscitant une vague d'indignation. Dipke a alors publié sur le réseau social X : « Et si tous les cafards se réunissaient ? » La publication est devenue virale. Le fondateur a lancé un site web et la page Instagram du parti a rapidement dépassé les 22 millions d'abonnés — soit le double du nombre de suiveurs du parti au pouvoir, au pouvoir depuis douze ans.

Le mouvement, qui se présente comme un rassemblement apolitique de la « génération Z », exige la démission immédiate du ministre fédéral de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, qu'il tient pour responsable de la dégradation du système éducatif.

Présence policière et détermination des manifestants

La police de New Delhi a maintenu un dispositif important autour du site de Jantar Mantar, lieu traditionnellement réservé aux manifestations pacifiques, mais où le rassemblement nocturne n'a pas été autorisé. Les forces de l'ordre n'ont toutefois pas procédé à des interpellations, se contentant de surveiller les abords.

Les manifestants, pour la plupart des jeunes venus des quatre coins du pays, ont passé la nuit à discuter, chanter et partager des écouteurs, formant des liens dans une atmosphère de solidarité. Ils ont annoncé leur intention de rester sur place jusqu'à l'obtention du départ du ministre.

Un mouvement qui s'étend

Le sit-in de New Delhi constitue le point d'orgue d'une série d'actions qui ont vu le CJP organiser des rassemblements dans plusieurs métropoles indiennes. À ce jour, aucune concession n'a été faite par le gouvernement, et la détermination des protestataires semble croître à mesure que les jours passent. La question centrale demeure celle de l'intégrité des examens, sur laquelle le gouvernement a annoncé des mesures d'urgence sans toutefois répondre à la revendication principale des manifestants.

Le mouvement des cafards, né d'un mot malheureux et d'une blague sur les réseaux sociaux, est devenu en quelques semaines un acteur incontournable du paysage politique indien, capable de mobiliser des centaines de jeunes dans la rue et de défier les ordres des autorités.