La start-up tchèque Mews, spécialisée dans les logiciels de gestion hôtelière, a annoncé une restructuration majeure qui entraîne le départ de 170 employés, soit environ 15 % de son personnel. La direction justifie cette décision par l’évolution rapide des capacités de l’intelligence artificielle, qui rendrait superflus certains postes autrefois nécessaires.

Fondée à Prague par Richard Valtr, Mews est une licorne de la technologie hôtelière. Elle fournit des solutions de gestion de front office et de paiement à plus de 15 000 établissements dans le monde. L’entreprise se présente comme un concurrent moderne du système historique Opera d’Oracle. Elle a récemment levé 300 millions de dollars, en partie destinés au développement d’agents d’IA.

Des postes « construits pour une ère qui cesse d’exister »

Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, Richard Valtr n’a pas employé d’euphémisme. Il a déclaré que l’IA rendait les rôles supprimés obsolètes. « Un employé unique peut désormais faire beaucoup, beaucoup plus », a-t-il affirmé, expliquant que le travail autrefois réparti entre équipes spécialisées successives peut aujourd’hui être mené de bout en bout par une seule personne. Les postes éliminés étaient, selon ses termes, « construits pour une ère qui cesse d’exister ».

Les licenciements touchent l’ensemble des équipes et des zones géographiques où Mews est présente. Les fonctions en contact direct avec la clientèle ont été largement épargnées. Il s’agit de la restructuration la plus profonde menée par l’entreprise depuis la pandémie.

De la vente de logiciels à la fourniture de services d’IA

Au-delà des réductions d’effectifs, la stratégie de Mews évolue. L’entreprise ne souhaite plus seulement vendre des logiciels, mais devenir un fournisseur de services basés sur l’IA qui prend en charge des tâches hôtelières telles que la gestion des recettes et les achats. Cette réorientation implique une transformation profonde de son modèle d’affaires et de ses compétences internes.

Un phénomène qui s’étend dans la tech du voyage

Mews n’est pas un cas isolé dans le secteur des technologies de voyage. Des entreprises comme Expedia et Amex GBT ont également procédé à des coupes d’effectifs en invoquant des logiques similaires liées à l’IA. Une tendance se dessine : lever des fonds pour investir dans l’IA, tout en restructurant la main-d’œuvre humaine.

Un « prétexte commode » ?

Ce nouveau cas intervient alors que des experts avaient récemment qualifié l’argument de l’IA de « prétexte commode » pour justifier des licenciements massifs. Selon eux, invoquer l’automatisation permet aux entreprises de masquer des décisions de restructuration parfois dictées par des impératifs financiers ou stratégiques. Le discours de Richard Valtr, s’il est assumé, alimente ce débat : l’IA est-elle réellement la cause de l’obsolescence des postes, ou sert-elle à légitimer des coupes que d’autres facteurs rendent nécessaires ?

Mews a levé 300 millions de dollars récemment, ce qui interroge sur l’urgence financière. La transformation annoncée semble davantage relever d’un choix stratégique que d’une contrainte de survie. L’avenir dira si le pari de remplacer des équipes humaines par des agents d’IA tiendra ses promesses.