Ce mardi 23 juin, la France rend un hommage national à Marc Bloch et à son épouse Simonne Vidal en les faisant entrer au Panthéon. Figure majeure de l'historiographie française, résistant exécuté par la Gestapo en 1944, Marc Bloch voit sa mémoire célébrée au sein du temple républicain. Mais cette panthéonisation suscite également des critiques, notamment quant à l'utilisation de son nom par certaines forces politiques.

Des références répétées au sein du Rassemblement national

Depuis plusieurs années, plusieurs responsables du Rassemblement national invoquent régulièrement Marc Bloch dans leurs discours. Ils mettent en avant sa célèbre formule « L'historien est citoyen » ou encore son engagement patriotique pour justifier leur propre conception de la nation. Olivier Lévy-Dumoulin, auteur d'une biographie de référence sur Marc Bloch, a vivement réagi à cette tendance. « Ils le mentionnent par opportunisme », a-t-il déclaré, regrettant que le parti d'extrême droite s'empare d'une figure dont les combats et la pensée sont aux antipodes de son idéologie.

Un héritage dénaturé selon le biographe

Pour Olivier Lévy-Dumoulin, ces citations sont souvent tronquées ou sorties de leur contexte. Il rappelle que Marc Bloch était un démocrate convaincu, un républicain engagé aux côtés du Front populaire, et qu'il a combattu le nazisme jusqu'à la mort. « Le Rassemblement national met en avant le résistant, mais occulte l'historien de gauche, l'homme qui dénonçait les nationalismes exacerbés », souligne le biographe. Il voit dans ces références une tentative de capter un symbole patriotique pour masquer une idéologie que Marc Bloch aurait rejetée.

Une vigilance nécessaire

Alors que la panthéonisation est vécue comme un moment d'unité nationale, des voix s'élèvent pour appeler à ne pas laisser la mémoire de Marc Bloch être instrumentalisée. Olivier Lévy-Dumoulin estime que le devoir des historiens et des citoyens est de rappeler fidèlement ce que fut l'engagement de l'auteur de « L'Étrange Défaite » et des « Annales ». Pour lui, la célébration ne doit pas devenir un prétexte à une récupération politique qui trahirait l'esprit même du résistant.

Un hommage national sous tension

La cérémonie au Panthéon se déroule en présence de nombreuses personnalités politiques. Si l'hommage à Marc Bloch fait consensus sur le principe, les controverses autour de son héritage restent vives. Entre ceux qui veulent en faire une icône républicaine transversale et ceux qui pointent les contradictions des forces politiques qui se réclament de lui, le débat est ouvert. Olivier Lévy-Dumoulin souhaite que cet hommage soit l'occasion d'une véritable redécouverte de l'œuvre et de la vie de Marc Bloch, loin des discours simplificateurs.

La mémoire comme enjeu politique

Cette polémique illustre la place centrale que la mémoire historique occupe dans le débat public français. Les figures comme Marc Bloch, à la fois intellectuels et résistants, deviennent des objets de convoitise pour des courants politiques cherchant à légitimer leur discours. La mise en garde de son biographe résonne comme un appel à la rigueur historique et à la vigilance citoyenne.