L'entrée au Panthéon du résistant et historien Marc Bloch, ce mardi 23 juin, suscite des inquiétudes chez certains spécialistes. Peter Schöttler, historien allemand spécialiste de l'œuvre de Bloch, met en garde contre une instrumentalisation nationaliste du personnage, alors que les commémorations officielles pourraient occulter la dimension européenne et universaliste de son engagement.
Un héritage complexe Marc Bloch, né et mort en Auvergne-Rhône-Alpes, a passé plus d'un quart de sa vie à Strasbourg, en Alsace. Cette région, marquée par les conflits franco-allemands, a profondément influencé sa pensée et son action. Peter Schöttler, qui a décortiqué la fabrique intellectuelle de l'historien, estime que le récit national risque de simplifier à l'excès un parcours intellectuel et politique d'une grande richesse. Selon lui, Bloch ne saurait être réduit à une figure patriotique univoque.
Une mémoire disputée La cérémonie de panthéonisation, prévue ce mardi, intervient dans un contexte où la mémoire de Bloch est déjà l'objet de récupérations. Peter Schöttler pointe le danger de voir l'historien utilisé comme un symbole d'un nationalisme étroit, alors qu'il incarnait au contraire un idéal de dépassement des frontières et de construction européenne. L'historien appelle à une vigilance citoyenne et académique pour préserver l'authenticité de l'héritage intellectuel de Marc Bloch.
Enjeux alsaciens L'attachement de Marc Bloch à l'Alsace est un élément central de sa biographie. Sa petite-fille, également citée dans les sources, a rappelé les liens profonds qui unissaient son grand-père à cette terre. Bloch, cofondateur de l'école des Annales, avait fait de Strasbourg le laboratoire de sa méthode historique, mêlant étude des structures sociales et engagement civique. Peter Schöttler craint que ces spécificités régionales ne soient noyées dans un discours nationaliste uniforme.
Un appel à la nuance Dans ses travaux, Peter Schöttler a exploré les ressorts de la fabrique intellectuelle de Bloch, montrant comment sa pensée s'est construite dans un dialogue constant avec l'Allemagne et les sciences sociales germanophones. Il invite les autorités et les historiens à ne pas céder à la tentation d'une instrumentalisation politique, mais à mettre en avant la complexité et l'ouverture d'esprit de ce grand intellectuel. Pour lui, la panthéonisation ne devrait pas être un moment de réduction, mais un appel à une mémoire critique et nuancée.